Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) estime que la gestion des récentes inondations dans les régions du Gharb et du Loukkos s’est globalement inscrite dans une dynamique conforme aux standards internationaux, avec une approche fondée sur les droits humains. Dans un rapport consacré à l’évaluation de la réponse publique aux crues, l’institution dresse un bilan jugé encourageant, tant sur le plan de la coordination que sur celui de la protection des populations affectées.
Selon ce document, la déclaration officielle de plusieurs provinces en « zones sinistrées » a constitué un levier juridique déterminant. Elle a permis d’encadrer les interventions d’urgence tout en reconnaissant les personnes touchées comme des titulaires de droits. Cette orientation, souligne le Conseil, marque une évolution dans la manière d’appréhender les catastrophes naturelles au Maroc, en privilégiant la responsabilité publique et la redevabilité.
Plus de 180.000 personnes ont été évacuées dans différentes provinces à la suite des crues. Les autorités locales ont mobilisé des moyens logistiques conséquents, organisé le transport gratuit des habitants et ouvert des centres d’accueil et de santé. Le nombre de décès est resté limité et lié, d’après le rapport, à des situations isolées où le danger aurait été sous-estimé. Le CNDH relève également la discipline et la coopération des riverains, qui ont facilité les opérations d’évacuation.
Des réserves subsistent toutefois. Si des hébergements temporaires ont été mis en place, certains sites n’ont pas entièrement répondu aux critères d’un logement décent, notamment en matière d’intimité, d’accès à l’eau potable et d’assainissement. Ces insuffisances, relevées dans un nombre restreint de cas, appellent à un renforcement des standards pour les futures situations d’urgence.
Sur le plan éducatif, la suspension préventive des cours dans les zones placées en alerte a permis de protéger élèves et personnels. Le recours ponctuel à l’enseignement à distance a assuré une continuité pédagogique, même si son déploiement intégral s’est heurté à des contraintes dans certaines zones rurales. Le Conseil encourage une meilleure structuration du dispositif d’« éducation en situation d’urgence » afin d’anticiper d’éventuelles crises futures.
La réponse sanitaire figure parmi les points saillants du rapport. Des opérations conjointes entre autorités et associations spécialisées ont permis l’évacuation de femmes enceintes vers des structures sous surveillance médicale. Les personnes âgées et les personnes en situation de handicap ont bénéficié d’un suivi quotidien. Les malades chroniques, notamment les patients sous dialyse ou atteints de cancer, ont continué à recevoir leurs traitements. Des campagnes médicales mobiles pluridisciplinaires – médecine générale, gynécologie, cardiologie, endocrinologie et psychiatrie – ont été déployées, avec distribution gratuite de médicaments.
La logistique d’approvisionnement en denrées alimentaires et en eau potable a été assurée dans l’urgence, grâce à la mobilisation des acteurs institutionnels et de la société civile. Le CNDH note que certaines plaintes relatives à des insuffisances durant les premières phases d’isolement ont été prises en considération, ce qui a permis d’ajuster la réponse sur le terrain.
La communication a également joué un rôle central dans la gestion des inondations. Les bulletins d’alerte diffusés par voie de presse et sur les réseaux sociaux ont favorisé des évacuations rapides. Face à la circulation de fausses informations et de vidéos manipulées par intelligence artificielle, les autorités ont réagi promptement pour corriger les contenus trompeurs, souvent relayés par des comptes basés à l’étranger. Cette vigilance numérique a contribué à contenir la désinformation et à préserver la confiance du public.
Le rapport salue par ailleurs le programme d’aide lancé sur hautes instructions royales au profit des provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane, déclarées zones sinistrées. Ce dispositif comprend des mesures de relogement, d’indemnisation des pertes de revenus, de réhabilitation des habitations et des commerces, ainsi qu’un appui aux agriculteurs et aux éleveurs. Des investissements sont également prévus pour la remise à niveau des infrastructures routières, des réseaux de drainage agricole et des retenues d’eau.
Dans une perspective de long terme, le Conseil prend acte de l’avancement de la Stratégie nationale intégrée de gestion des catastrophes 2030. L’objectif affiché est de renforcer la prévision, l’alerte précoce et la coordination territoriale, en intégrant pleinement les enjeux climatiques dans l’aménagement du territoire.
Le CNDH recommande enfin d’élaborer des plans locaux anticipatifs clarifiant les responsabilités et intégrant strictement les règles d’urbanisme, avec interdiction de construire dans les zones à risque. L’institution appelle à revoir la vision publique face aux bouleversements climatiques, évoquant un contexte d’« extrémisme climatique » où alternent sécheresses prolongées et épisodes pluvieux intenses susceptibles de provoquer des inondations majeures, voire des phénomènes côtiers destructeurs.
Au-delà du bilan immédiat, le rapport pose les bases d’un cadre plus structuré de gestion des catastrophes au Maroc. La consolidation des acquis, l’anticipation des risques et l’intégration des transformations climatiques dans les politiques publiques apparaissent désormais comme des priorités stratégiques.

