L’impact des jeux vidéo sur le fonctionnement du cerveau vient d’être éclairé sous un nouveau jour grâce à une vaste étude menée par l’Université de Western. Les chercheurs y dévoilent un résultat saisissant : les personnes qui jouent régulièrement à un seul type de jeu vidéo — au moins cinq heures par semaine — affichent des performances cognitives comparables à celles d’individus plus jeunes d’environ dix ans. Cette progression, mesurée à grande échelle dans le cadre du Manchester Science Festival, ne s’accompagne pourtant d’aucune transformation notable de la santé mentale, confirmant que les bénéfices des jeux se situent principalement du côté des mécanismes intellectuels.
Ce travail scientifique a mobilisé plus de 2 000 participants issus de plusieurs régions du monde. Tous ont été invités à répondre à un questionnaire détaillé sur leurs habitudes de vie avant de passer une série de jeux conçus pour analyser la mémoire, l’attention, le raisonnement ou encore les compétences verbales. Les résultats établissent un contraste net entre les profils de joueurs. Ceux qui se consacrent à un seul univers ludique sur une durée hebdomadaire relativement longue obtiennent des scores cognitifs équivalents à ceux de personnes 13,7 ans plus jeunes. À l’inverse, celles et ceux qui alternent différents types de jeux tout en y consacrant moins de cinq heures par semaine enregistrent un gain réduit, estimé à 5,2 ans.
Les conclusions surprennent aussi par ce qu’elles ne révèlent pas. Les chercheurs n’ont constaté ni amélioration ni dégradation notable de la santé mentale chez les personnes qui jouent régulièrement aux jeux vidéo. Adrian Owen, professeur à l’Université de Western, rappelle que les gains cognitifs ne vont pas nécessairement de pair avec l’équilibre psychologique. L’étude met plutôt en évidence un facteur bien plus déterminant : l’activité physique. Les participants qui respectaient les recommandations de l’OMS, soit 150 minutes d’exercice par semaine, étaient significativement plus nombreux à ne présenter aucun signe de dépression ou d’anxiété, avec une différence allant de 9 % à 12 % selon les profils observés.
Les données collectées contredisent également quelques idées reçues sur le profil des joueurs. Contrairement à la perception souvent associée à la génération Z, ce sont les adultes de plus de 45 ans qui jouent le plus : une tendance que l’étude confirme en montrant une implication forte de cette tranche d’âge dans la pratique vidéoludique. Cet élément offre un éclairage utile pour comprendre l’évolution du comportement numérique, bien plus transversal qu’on ne l’imagine, et confirme que les jeux vidéo constituent désormais un loisir pluriel, mobilisant aussi bien les jeunes que les plus de 45 ans.
En filigrane, l’étude invite à repenser le rôle du jeu dans le quotidien. Elle met en lumière un bénéfice cognitif réel, mesurable et stable, tout en rappelant que l’entretien de la santé mentale reste davantage lié à la pratique régulière d’une activité sportive qu’au temps passé devant un écran. En rassemblant autant de données, les chercheurs proposent une photographie nuancée d’un phénomène de société qui dépasse les clichés et confirme l’intérêt croissant des scientifiques pour ce secteur en pleine mutation.

