L’économie marocaine poursuit son redressement en 2025, avec une dynamique qui tranche nettement avec les incertitudes du contexte mondial. Selon les dernières données publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 4,6 % au deuxième trimestre, après une hausse de 4,8 % au premier. Ce regain d’activité, bien que contrarié par un commerce extérieur moins porteur, s’appuie essentiellement sur une demande intérieure vigoureuse, des secteurs productifs relancés et une inflation maîtrisée.
Une croissance tirée par les moteurs internes
La consommation des ménages constitue l’un des principaux piliers de cette expansion. Portée par une amélioration du marché de l’emploi (+3,4 % d’emplois rémunérés) et des revenus salariaux en hausse, la consommation privée a bondi de 4,4 %. À cela s’ajoutent des politiques publiques favorisant le pouvoir d’achat, ainsi qu’une dépense publique en nette progression (+5,2 % au premier trimestre, +5 % au second).
L’investissement a lui aussi marqué un net redémarrage, notamment grâce aux projets d’envergure dans les infrastructures routières, sportives et hydrauliques. Avec une croissance de 17,5 % au premier trimestre, ces efforts témoignent d’une volonté de consolidation durable du tissu productif, même si les dépenses dans le secteur manufacturier évoluent plus prudemment.
Les secteurs productifs en soutien à l’économie
Les services, l’extraction minière, la construction et l’agriculture se sont affirmés comme les principaux moteurs sectoriels. Le tourisme a enregistré une croissance de 9,7 %, les industries chimiques ont progressé de 6,8 %, et le secteur de la construction a connu un essor notable (6,3 % au T1 et 6,8 % au T2), dynamisé par les grands chantiers nationaux.
Le secteur agricole, bien qu’exposé aux aléas climatiques, a poursuivi sa reprise avec une hausse de 4,7 % au deuxième trimestre. Les céréales, les cultures maraîchères et sucrières ont profité de programmes de soutien dans les zones irriguées, tandis que les rosacées et oléagineuses ont souffert des températures extrêmes.
Un commerce extérieur en repli mais sans impact inflationniste majeur
Malgré un environnement mondial tendu, les prix à la consommation ont été contenus, progressant seulement de 0,8 % au deuxième trimestre. La stabilité des prix alimentaires et la baisse de ceux de l’énergie (-2,2 %) ont permis de freiner l’inflation, tombée à 1,1 % pour l’inflation sous-jacente. Ce calme relatif sur le front des prix contraste avec une balance commerciale déséquilibrée.
Le ralentissement économique chez les partenaires européens a freiné les exportations marocaines (+2,2 % contre +9,8 % précédemment), alors que les importations, dopées par la demande en biens d’équipement, ont grimpé de 9,8 %. Cette divergence a amputé la croissance de 3,8 points au premier trimestre.
Des signaux encourageants sur le front financier
La politique monétaire de Bank Al-Maghrib est restée prudente mais stable, avec un taux directeur maintenu à 2,25 %. Cette orientation a favorisé un environnement de taux plus bas, propice à l’investissement. Les réserves de change se sont renforcées (+9,5 %), et la masse monétaire a augmenté de 7,6 %. En parallèle, la Bourse de Casablanca a connu un regain notable : l’indice MASI s’est envolé de 37,6 %, dopé par les performances des secteurs de l’énergie, de la santé et des équipements industriels.
Une vigilance de mise pour le troisième trimestre
Les prévisions pour le troisième trimestre 2025 tablent sur une croissance de 4,4 %, portée principalement par la consommation intérieure (+6,6 points de contribution au PIB). Toutefois, plusieurs incertitudes persistent. Les tensions tarifaires mondiales, notamment les droits de douane américains sur les produits européens, pourraient impacter les exportations marocaines dans les secteurs textile, chimique, automobile ou encore métallurgique.
Sur le plan agricole, la hausse des températures risque d’affecter la production animale. Mais certains facteurs peuvent jouer les amortisseurs : la relance du secteur agroalimentaire, la stabilité des prix pétroliers sous les 70 dollars le baril et la bonne tenue de la consommation nationale pourraient continuer à soutenir la croissance, tout en maintenant l’inflation à un niveau bas.
En dépit de vents contraires sur la scène internationale, l’économie marocaine semble avoir trouvé un socle solide pour asseoir une croissance durable. En consolidant ses moteurs internes, en maîtrisant les déséquilibres extérieurs et en poursuivant ses efforts d’investissement, le Royaume poursuit sa trajectoire de redressement avec prudence et détermination.

