Le monde de la littérature et de la bande dessinée est en deuil. L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, auteure de la célèbre bande dessinée autobiographique Persepolis, est décédée le 4 juin à l’âge de 56 ans, selon une annonce de sa famille relayée par plusieurs médias internationaux.
Figure majeure de la création contemporaine, Marjane Satrapi s’était imposée comme l’une des voix les plus influentes de la diaspora iranienne. Née en 1969 à Rasht, en Iran, avant de s’installer en France où elle obtiendra la nationalité française, elle a consacré une grande partie de son œuvre à explorer les questions d’identité, d’exil, de liberté et de mémoire.
Sa renommée internationale est indissociable de Persepolis, une œuvre publiée au début des années 2000 dans laquelle elle raconte son enfance pendant la révolution islamique iranienne et son adolescence en Europe. Traduit dans de nombreuses langues et vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde, l’ouvrage est devenu une référence incontournable du roman graphique contemporain.
L’adaptation cinématographique de Persepolis, qu’elle a co-réalisée en 2007, a également rencontré un succès considérable. Présenté au Festival de Cannes, le film a contribué à faire connaître son univers à un public encore plus large et a été nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film d’animation.
Au-delà de son travail artistique, Marjane Satrapi était reconnue pour ses prises de position en faveur des libertés individuelles et des droits des femmes. Critique assumée du régime iranien, elle s’était régulièrement exprimée sur la situation politique de son pays d’origine et avait soutenu les mouvements de contestation portés par la société civile iranienne. En 2023, elle avait notamment coordonné l’ouvrage collectif Femme, Vie, Liberté, en hommage au mouvement né après la mort de Mahsa Amini.
Ces dernières années, son engagement avait continué de marquer l’actualité culturelle et politique. En 2025, elle avait refusé la Légion d’honneur française, dénonçant ce qu’elle considérait comme une forme d’incohérence dans les relations entretenues avec les autorités iraniennes.
Selon un communiqué de ses proches, l’artiste est décédée un peu plus d’un an après la disparition de son époux, Mattias Ripa. L’annonce a suscité une vive émotion dans les milieux artistiques et intellectuels à travers le monde.
Avec la disparition de Marjane Satrapi, le monde culturel perd une artiste engagée qui aura su faire de son histoire personnelle un récit universel, offrant à plusieurs générations de lecteurs une réflexion profonde sur la liberté, l’exil et la résistance face à l’oppression.

