L’agence de notation américaine Moody’s a relevé, le 6 mars 2026, la perspective de la note souveraine du Maroc de « stable » à « positive », tout en confirmant sa notation à Ba1 pour la dette à long terme en devises locale et étrangère. Cette décision traduit une confiance accrue dans la trajectoire économique du Royaume et dans la capacité des réformes engagées ces dernières années à renforcer la stabilité macroéconomique. Pour les investisseurs internationaux, ce signal rapproche un peu plus le pays du niveau « Investment Grade », seuil qui ouvre l’accès à des conditions de financement plus favorables sur les marchés internationaux.
Ce changement de perspective s’inscrit dans une évolution progressive du regard porté par l’agence sur l’économie marocaine. En 2021, en pleine crise sanitaire mondiale liée au COVID‑19, Moody’s avait abaissé la perspective de la note du Maroc à négative, pointant l’impact de la pandémie sur les équilibres budgétaires. L’année suivante, l’agence avait opté pour un retour à une perspective stable, constatant les premiers signes de redressement. La révision annoncée début mars marque une nouvelle étape : elle signifie que l’amélioration de la note elle-même devient envisageable si les tendances actuelles se confirment.
Dans son analyse, Moody’s met en avant la solidité de la dynamique de croissance observée ces dernières années. L’agence souligne en particulier l’accélération de la croissance hors agriculture, appelée à dépasser 5 % en 2025. Cette évolution reflète une transformation progressive du modèle économique du Royaume, longtemps dépendant des aléas climatiques et de la production agricole. Les secteurs industriels, les services et les activités d’exportation prennent désormais une place plus centrale dans la création de valeur.
Cette transformation est largement soutenue par une montée en puissance des investissements publics et privés. Les programmes engagés dans les infrastructures de transport, la logistique, l’énergie et la gestion de l’eau alimentent un cycle d’investissement qui renforce la capacité productive du pays. Les politiques industrielles visant des secteurs à plus forte valeur ajoutée contribuent également à diversifier la base économique et à consolider les capacités d’exportation.
L’agence souligne également l’évolution de la gestion budgétaire. La stratégie de consolidation des finances publiques commence à produire des résultats tangibles, portée notamment par l’augmentation progressive des recettes fiscales et une gestion prudente des dépenses. Selon Moody’s, cette trajectoire pourrait permettre de stabiliser puis de réduire le poids de la dette publique à moyen terme si les efforts actuels se poursuivent.
Cette amélioration reste toutefois encadrée par plusieurs défis. L’agence rappelle que les finances publiques demeurent sous pression en raison du financement des programmes sociaux et des grands projets d’infrastructures engagés par l’État. Ces investissements sont jugés essentiels pour le développement économique et territorial du pays, mais ils représentent un effort budgétaire significatif.
Moody’s souligne également la persistance de facteurs structurels qui limitent encore le potentiel d’amélioration de la notation. Le revenu par habitant reste relativement modeste comparé à celui des économies mieux notées. L’économie marocaine demeure par ailleurs exposée aux risques climatiques, notamment aux épisodes de sécheresse susceptibles d’affecter la production agricole et, par ricochet, la croissance globale.
L’agence évoque aussi les engagements financiers potentiels liés aux entreprises publiques, qui constituent un élément d’attention dans l’évaluation du risque souverain. Malgré ces contraintes, la solidité institutionnelle du pays, la stabilité de sa gouvernance et la prudence de sa politique macroéconomique continuent de soutenir la confiance des analystes.
Moody’s a par ailleurs maintenu le plafond pays en monnaie locale à Baa1, soit trois niveaux au-dessus de la note souveraine. Ce positionnement reflète la solidité des institutions, l’accès satisfaisant au financement domestique et une vulnérabilité externe jugée relativement limitée. Le plafond en devises étrangères reste fixé à Baa2, indiquant un risque modéré de transfert et de convertibilité en cas de choc financier majeur.
L’agence note également la poursuite progressive de la réforme du régime de change. Conduite avec prudence par les autorités, cette libéralisation graduelle vise à renforcer la flexibilité de l’économie tout en préservant la stabilité financière.
En relevant la perspective de la note du Maroc, Moody’s envoie ainsi un signal positif aux marchés. Le pays reste encore à un échelon du statut « Investment Grade », mais la trajectoire économique actuelle laisse entrevoir la possibilité d’un relèvement futur si les réformes et les performances macroéconomiques se confirment.


