Balendra Shah, figure montante de la scène politique népalaise, a été officiellement investi Premier ministre ce vendredi à Katmandou, à l’âge de 35 ans. Ancien rappeur devenu maire de la capitale, il accède à la tête du gouvernement après la victoire écrasante de son parti, le Parti national indépendant (RSP), lors des élections législatives du 5 mars. Ce basculement politique intervient dans un contexte encore marqué par l’insurrection meurtrière menée quelques mois plus tôt par une jeunesse en rupture avec les élites traditionnelles.
Devant le président Ram Chandra Poudel, Balendra Shah a prêté serment en promettant de respecter la Constitution et d’exercer ses fonctions avec loyauté. Silencieux depuis sa victoire électorale, il n’a repris la parole que la veille, à travers une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, dans laquelle il appelle à l’unité nationale, fidèle à ses racines artistiques.
Son ascension incarne une rupture nette avec la classe politique en place. Lors du scrutin, il a battu l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli, figure historique du paysage politique népalais, écarté du pouvoir après des manifestations massives en septembre. Le RSP, formation centriste récente, a obtenu une majorité absolue avec 182 sièges sur 275, propulsant son leader à la tête de l’exécutif.
Né en 1990 à Katmandou, Balendra Shah a grandi dans un pays traversé par une guerre civile qui a profondément marqué la société népalaise. Ingénieur civil de formation, il s’est d’abord fait connaître dans le milieu du hip-hop underground, où ses textes dénonçaient la corruption, les inégalités et l’absence de perspectives pour la jeunesse. Cette parole engagée lui a permis de fédérer une génération en quête de renouveau.
Sa notoriété a franchi un cap en 2022 lorsqu’il a remporté, contre toute attente, la mairie de Katmandou en tant que candidat indépendant. À ce poste, il s’est attaqué à plusieurs dossiers sensibles, notamment la gestion des déchets, la circulation urbaine et la fiscalité locale. Certaines de ses décisions, jugées autoritaires, notamment à l’encontre des populations précaires, ont suscité des critiques d’organisations de défense des droits humains.

Porté par le mouvement de contestation de la jeunesse, Balendra Shah a quitté ses fonctions municipales en début d’année pour se lancer dans la bataille législative. Son choix d’affronter directement KP Sharma Oli dans une circonscription rurale a été perçu comme un pari risqué, finalement gagnant. Cette stratégie a renforcé son image d’homme politique déterminé à rompre avec les pratiques établies.
Sur le fond, le nouveau Premier ministre défend une ligne mêlant libéralisme économique et justice sociale. Il promet notamment l’accès gratuit à l’éducation et aux soins pour les plus démunis, ainsi que la création d’emplois pour freiner l’exode des travailleurs népalais. Des engagements ambitieux qui suscitent autant d’espoirs que d’interrogations, notamment en raison de son manque d გამოცდილ politique au niveau national.
Sa personnalité atypique continue de nourrir l’attention. Toujours fidèle à son univers artistique, Balendra Shah n’entend pas abandonner la musique, qu’il considère comme un prolongement de son engagement public. Une singularité qui accompagne son image de leader d’une génération en quête de changement profond.
L’arrivée de ce jeune dirigeant à la tête du Népal ouvre une nouvelle séquence politique. Reste à savoir si cette dynamique portée par la Génération Z se traduira par des résultats concrets dans un pays confronté à de lourds défis économiques et sociaux.


