L’Organisation internationale du Travail (OIT) place l’apprentissage tout au long de la vie au centre des politiques économiques et sociales mondiales. Dans un rapport publié en 2026, l’institution estime que les transformations liées à l’intelligence artificielle, à la transition écologique, au vieillissement démographique et à la numérisation bouleversent durablement les marchés du travail et imposent une refonte profonde des systèmes de formation et de développement des compétences.
Baptisé « Apprentissage permanent et compétences pour l’avenir », ce document dresse un constat clair : les travailleurs qui n’ont pas accès à la formation continue risquent davantage l’exclusion professionnelle, tandis que les entreprises peinent à recruter des profils capables de s’adapter à l’évolution rapide des métiers.
Des compétences devenues stratégiques pour l’emploi
Selon l’OIT, les compétences cognitives, numériques et socio-émotionnelles figurent désormais parmi les plus recherchées sur le marché du travail. Les employeurs privilégient des profils capables de combiner maîtrise technique, résolution de problèmes, travail en équipe et capacité d’adaptation.
Le rapport souligne également que les compétences dites “transférables” prennent une place grandissante dans les recrutements. Les métiers liés au numérique, à l’intelligence artificielle ou encore à la transition verte nécessitent des profils polyvalents, capables d’évoluer rapidement dans des environnements professionnels mouvants.
L’OIT note par ailleurs que les travailleurs possédant des compétences diversifiées bénéficient généralement de meilleurs salaires, d’emplois plus stables et de perspectives d’évolution plus favorables.
Des inégalités persistantes dans l’accès à la formation
Malgré la montée des besoins en qualification, l’accès à l’apprentissage reste très inégal à travers le monde. Les femmes, les travailleurs informels, les salariés peu qualifiés ou encore les populations vivant dans les pays à faible revenu demeurent les plus éloignés des dispositifs de formation.
L’étude révèle que les travailleurs du secteur informel dépendent encore largement de l’apprentissage “sur le tas”, souvent sans accompagnement structuré ni certification reconnue. À l’inverse, les salariés du secteur formel profitent davantage des programmes de formation organisés par les employeurs ou les institutions publiques.
Pour l’OIT, cette fracture risque d’accentuer les déséquilibres sociaux et économiques déjà existants, notamment dans les économies émergentes confrontées à une forte pression démographique et à une mutation rapide des métiers.
Le Maroc cité dans l’analyse des compétences mondiales
Le Maroc figure parmi les pays étudiés dans l’analyse comparative menée par l’OIT sur l’évolution de la demande en compétences. Le rapport s’appuie sur des mégadonnées issues des offres d’emploi et des marchés du travail dans plusieurs économies intermédiaires, dont le Royaume.
L’objectif consiste à mieux comprendre les profils recherchés par les entreprises et à identifier les compétences associées à une meilleure employabilité. Cette approche doit permettre aux décideurs publics d’adapter les politiques de formation professionnelle, d’enseignement technique et de reconversion professionnelle aux besoins réels des entreprises.
Le rapport met aussi en avant le rôle croissant des plateformes numériques et des solutions d’apprentissage hybrides pour élargir l’accès à la formation, notamment dans les pays confrontés à des contraintes budgétaires ou territoriales.
Transition verte, IA et économie du soin au cœur des transformations
L’OIT identifie trois grandes mutations qui redessinent actuellement les marchés du travail : la transition écologique, la révolution numérique et les changements démographiques.
Dans les métiers verts, les entreprises recherchent des compétences mêlant expertise technique, connaissances environnementales et aptitudes comportementales. Les emplois liés à la transition énergétique offrent souvent de meilleures rémunérations, même si les écarts restent importants selon les secteurs et les pays.
Le document insiste aussi sur l’importance croissante des métiers du soin et de l’accompagnement, appelés à se développer avec le vieillissement de la population mondiale. Pourtant, ces professions restent sous-valorisées malgré leur poids économique et social.
Concernant l’intelligence artificielle et la numérisation, l’OIT estime que les compétences humaines — capacité d’analyse, créativité, communication ou gestion d’équipe — conserveront une valeur centrale face à l’automatisation croissante des tâches répétitives.
Une responsabilité partagée entre États, entreprises et travailleurs
L’organisation appelle les gouvernements à considérer l’apprentissage tout au long de la vie comme un investissement stratégique et non comme une simple politique sociale.
Le rapport recommande la mise en place de systèmes plus souples, capables de reconnaître les compétences acquises en dehors des parcours classiques, notamment via la validation des acquis de l’expérience (VAE).
L’OIT plaide également pour un financement partagé entre États, employeurs et partenaires sociaux afin de garantir des formations accessibles et adaptées aux réalités économiques locales.
L’organisation estime que la capacité des pays à former continuellement leurs populations jouera un rôle décisif dans leur résilience économique, leur compétitivité et leur cohésion sociale au cours des prochaines décennies.

