L’expression a claqué comme une gifle dans l’hémicycle. « Certains broient du papier et le mélangent à la farine subventionnée ». En prononçant ces mots lors de la discussion du projet de loi de finances 2026, Ahmed Touizi, président du groupe parlementaire du PAM, a provoqué une onde de choc jusque dans les couloirs du Parlement, et au-delà.
Face à la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah et au ministre délégué chargé du Budget Fouzi Lekjaa, le député a dénoncé avec virulence l’absence de contrôle dans le circuit de la farine subventionnée, rappelant que cette aide publique coûte 16 milliards de dirhams à l’État chaque année. Il a ainsi plaidé pour la suppression pure et simple du système actuel au profit d’un soutien direct via le registre social, estimant que les subventions bénéficient davantage « aux riches qu’aux ménages vulnérables ».
Mais ce sont surtout ses mots, jugés crus et choquants « moudre du papier » qui ont mis le feu aux poudres.
Réseaux en ébullition
Quelques heures à peine après son intervention, la phrase s’est propagée sur les réseaux sociaux à la vitesse de l’éclair. Les réactions, souvent outrées ou ironiques, n’ont pas tardé. Certains internautes ont tourné la scène en dérision, d’autres ont violemment pris parti, transformant le débat économique en joute verbale.
Un communiqué pour éteindre l’incendie
Devant l’ampleur du scandale, le parlementaire du PAM a publié un communiqué mardi soir pour clarifier le sens de ses propos. Il y affirme que l’expression « moudre le papier » n’avait rien de littéral, mais relevait d’une métaphore populaire désignant des manipulations administratives et comptables : « Il s’agissait de dénoncer les fausses factures et les irrégularités dans les dossiers de subvention, pas de prétendre que du papier est réellement mélangé à la farine. »
Touizi a également rappelé l’invraisemblance économique d’un tel mélange : « Le papier coûte aujourd’hui plus cher que la farine ! » ironise-t-il dans le texte.
Le député dit regretter que ses mots aient été sortis de leur contexte et utilisés à des fins de sensationnalisme. Il réaffirme enfin que sa véritable intention était d’alerter sur les défaillances du système de subvention et d’appeler à une réforme profonde axée sur la justice sociale et la transparence dans la distribution des aides.
Une polémique révélatrice
Au-delà du tumulte, cette séquence met en lumière la sensibilité extrême du débat sur la subvention du blé au Maroc. Entre dérives administratives, gaspillage budgétaire et soupçons de mauvaise gestion, le dossier de la farine reste un terrain glissant, où les mots d’un élu peuvent peser aussi lourd qu’un scandale.

