Les redevances de reprographie marquent une avancée concrète dans la stratégie de soutien à la presse papier au Maroc. À Rabat, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a souligné que ce dispositif ouvre la voie à une reconnaissance effective des droits économiques des éditeurs et des journalistes, dans un contexte de transformation rapide du paysage médiatique.
Intervenant lors d’une rencontre dédiée à l’accès du secteur de la presse à ces redevances, le ministre a insisté sur la portée opérationnelle de cette mesure. Elle doit permettre aux publications papier de percevoir une rémunération liée à la reproduction de leurs contenus, une pratique largement répandue mais jusqu’ici insuffisamment encadrée. L’enjeu est clair : consolider les ressources d’un secteur fragilisé par la baisse des ventes et la concurrence numérique, tout en affirmant le respect des droits d’auteur.
Dans cette optique, la protection juridique des œuvres journalistiques s’impose comme un levier central. Le responsable gouvernemental a rappelé que cette démarche s’inscrit dans une vision plus large visant à assurer la pérennité de la presse nationale, confrontée à des mutations technologiques et économiques profondes. La valorisation de la production intellectuelle devient ainsi un axe structurant, autant pour préserver la qualité de l’information que pour reconnaître l’engagement professionnel des rédactions.

Cette dynamique ne se limite pas à la presse imprimée. Le ministère adopte une approche globale qui intègre également les médias numériques, désormais incontournables dans l’écosystème marocain. En coordination avec le Bureau Marocain des Droits d’Auteur et Droits Voisins (BMDAV), des mécanismes sont en cours de déploiement pour permettre aux plateformes digitales de bénéficier, elles aussi, des droits liés à l’exploitation de leurs contenus. Le système de la copie privée figure parmi les pistes privilégiées pour garantir une répartition plus équitable des revenus.
La directrice du BMDAV, Dalal Mhamdi Alaoui, a pour sa part mis en avant la portée juridique et économique de ce dispositif. Selon elle, les redevances de reprographie constituent un outil moderne, capable de concilier la circulation des contenus et la juste rémunération de leurs auteurs. Elle a rappelé le rôle structurant de la presse et de l’édition dans la diffusion du savoir et le renforcement de la culture citoyenne, soulignant que la protection des droits matériels et moraux des professionnels reste une priorité.
S’agissant de la presse électronique, le chantier reste en cours. Le BMDAV s’emploie à finaliser les dispositifs techniques et réglementaires nécessaires pour encadrer l’exploitation numérique des contenus journalistiques. La réussite de ce projet dépendra largement de l’adhésion des acteurs du secteur, appelés à s’approprier ces nouveaux outils et à s’inscrire dans une logique de transparence et de confiance.
La rencontre a également permis de détailler les aspects pratiques du dispositif. Une présentation consacrée au cadre juridique des droits de reprographie a apporté des éclairages sur les obligations et les modalités d’application. Une seconde intervention a porté sur la future plateforme numérique dédiée à l’inscription et à la déclaration des œuvres, conçue pour simplifier les démarches des journalistes et des entreprises de presse.
À travers cette réforme, les autorités entendent poser les bases d’un modèle plus équilibré, capable de soutenir durablement la presse nationale tout en s’adaptant aux réalités du numérique. La mise en œuvre effective de ces redevances sera scrutée de près par les professionnels, qui y voient un test grandeur nature de la volonté publique de réorganiser le financement du secteur.


