Le gouvernement marocain s’engage à présenter une refonte complète du Code du travail avant le 1er mai, relançant un débat qui stagne depuis plus de vingt ans sur les conditions de travail, les salaires et l’application de la loi. Younes Sekkouri, ministre de l’Insertion économique, de l’Emploi et des Compétences, a déclaré lundi devant la Chambre des représentants que cette réforme vise à mettre fin aux « injustices structurelles » qui persistent sur le marché du travail, notamment en matière de durée légale du travail et de rémunération.
Le ministre a souligné que plusieurs dispositions actuelles posent des problèmes juridiques et de respect des droits humains, en particulier celles relatives aux horaires et à l’application du salaire minimum. Si ce dernier est calculé à l’heure, sa conversion en salaire mensuel soulève des ambiguïtés pour les travailleurs n’occupant pas un mois complet, fragilisant ainsi les employés les plus vulnérables. Les sanctions prévues par la loi en cas de non-paiement ou de travail non déclaré restent limitées, avec un plafond de 500 dirhams par salarié et 20.000 dirhams par entreprise, des montants jugés insuffisants pour dissuader les pratiques irrégulières.
Depuis l’entrée en vigueur du Code du travail en 2004, le pays fait face à un chômage élevé – supérieur à 13 % pour l’ensemble de la population et à plus d’un tiers pour les jeunes – ainsi qu’à une forte informalité, laissant de nombreux travailleurs hors du champ des inspections. Malgré le renforcement récent de l’inspection du travail, la couverture reste insuffisante pour garantir le respect effectif des droits des salariés.
Pour mener à bien cette réforme, le gouvernement a invité les syndicats à présenter des propositions intégrées, prônant une refonte globale du cadre légal plutôt que des amendements partiels. Les employeurs, de leur côté, mettent en garde contre des modifications qui pourraient alourdir les coûts salariaux ou limiter la flexibilité des entreprises, notamment dans un contexte de croissance inégale. Sekkouri a insisté sur l’importance d’un dialogue social ouvert et constructif, rappelant que la révision du Code du travail fait partie des accords signés l’an dernier par le gouvernement avec les syndicats et les représentants du patronat.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de mutations économiques et sociales profondes. Le ministre a souligné que la réforme doit être adoptée de manière consensuelle au Parlement pour assurer sa crédibilité et son efficacité. L’objectif est de créer un cadre juridique moderne et équilibré, capable de protéger les droits des salariés tout en soutenant la compétitivité des entreprises.
Le calendrier est clair : avant le 1er mai, le gouvernement souhaite clore le dossier, en coordonnant étroitement avec le Parlement et les partenaires sociaux, afin que le marché du travail marocain bénéficie enfin d’un véritable rééquilibrage. Sekkouri a conclu que cette réforme n’est pas seulement une nécessité légale, mais un gain collectif pour les citoyens, marquant une étape majeure vers la justice sociale et l’amélioration des conditions de travail au Maroc.

