À Souk El Arbaa, dans la province de Kénitra, les discussions vont bon train, et ce n’est pas pour une question de circulation. Ce sont les mots, cette fois, qui sèment le trouble : ceux qui forment le nom de la ville. Un nom que d’aucuns jugent dépassé, inadapté, voire réducteur. Et la polémique a désormais franchi les murs du Parlement.
La députée Aïcha El Karji, issue du groupe socialiste, a interpellé le ministre de l’Intérieur pour réclamer une révision officielle du nom « Souk El Arbaa du Gharb ». Une initiative motivée, selon elle, par de nombreuses sollicitations citoyennes et associatives qui demandent une appellation à la hauteur de l’évolution urbaine de la ville.
Car c’est bien là le nœud du débat : peut-on encore résumer l’identité d’un centre urbain dynamique à un ancien marché hebdomadaire ? Pour beaucoup d’habitants, la réponse est non. L’appellation actuelle est perçue comme un vestige d’une époque révolue, qui ne reflète ni l’élan démographique ni les ambitions modernes de la ville.
Un nom refleurit alors dans les échanges : « Ville des Fleurs ». Un clin d’œil nostalgique à une époque où la cité se parait de ce titre poétique. Un nom jugé plus flatteur, plus porteur, et surtout plus en phase avec l’image que la ville souhaite projeter aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, le sujet enflamme déjà les commentaires. Entre soutien enthousiaste et sarcasmes polis, chacun y va de son avis. Mais un point fait consensus : le nom d’une ville n’est pas qu’un détail administratif. C’est une carte de visite. Une mémoire. Une promesse.
Certains responsables locaux, toutefois, appellent à la retenue. Ils plaident pour un débat plus large, qui inclurait les élus, les forces vives locales, les historiens, les urbanistes… car on ne change pas le nom d’une ville comme on repeint un mur. D’autres rappellent que le timing laisse à désirer : les priorités, selon eux, devraient porter sur les urgences sociales et économiques qui traversent la commune.
Derrière ce débat apparemment sémantique, c’est une vraie réflexion sur l’image et l’avenir de la ville qui se dessine. Car au fond, changer de nom, c’est aussi choisir ce qu’on veut raconter au monde – et à soi-même. La ville, elle, continue de grandir. Reste à savoir si son nom l’accompagnera dans sa mue… ou s’il restera figé dans les pages d’un passé marchand.

