La Sustainability Week de l’Université Mohammed VI Polytechnique a ouvert ses travaux, à Benguerir, avec un premier panel de fond consacré à l’un des débats les plus structurants du moment : l’intelligence artificielle peut-elle accélérer la transition durable sans en aggraver les fragilités ?
Intitulée « IA & Durabilité : Défis et Opportunités », cette session a réuni des profils issus de la recherche, de l’expertise environnementale et de l’éthique, dans une approche volontairement interdisciplinaire.
Autour de cette discussion figuraient notamment Lamiae Azizi, directrice de l’AI-ARC à l’UM6P, Eric Bauce, conseiller stratégique en durabilité à Université Laval, Ayman Cherkaoui, directeur du Centre International Hassan II pour la Formation à l’Environnement, ainsi que Saida Belouali, spécialiste de l’éthique appliquée à l’intelligence artificielle à Université Mohammed Premier.
Voir cette publication sur Instagram
En ouverture, Ayman Cherkaoui a replacé les échanges dans le contexte plus large de la Journée de la Terre, soulignant la continuité des engagements portés au Maroc sur ces questions, notamment depuis COP22.
IA peut contribuer à améliorer les rendements agricoles tout en réduisant la consommation d’eau, optimiser la gestion des réseaux énergétiques ou encore améliorer l’efficience dans certains systèmes de santé.
Mais c’est une question plus directe qui a structuré le panel : l’intelligence artificielle est-elle une solution pour la durabilité, ou un risque supplémentaire ?
La réponse de Lamiae Azizi a donné le ton.
Les deux.
Une lecture nuancée, mais centrale.
Selon elle, l’IA peut contribuer à améliorer les rendements agricoles tout en réduisant la consommation d’eau, optimiser la gestion des réseaux énergétiques ou encore améliorer l’efficience dans certains systèmes de santé. Autant d’applications qui peuvent, à certaines conditions, soutenir des objectifs de décarbonation et de meilleure gestion des ressources.
Mais cette promesse a son revers, car derrière les usages, il y a l’infrastructure et derrière l’infrastructure, il y a les coûts environnementaux. Centres de données énergivores, consommation d’eau, empreinte carbone, pression sur les ressources : plusieurs intervenants ont rappelé que le développement de l’IA ne peut être dissocié de ses impacts matériels.
Le débat a ainsi déplacé le sujet : il ne s’agit plus seulement de savoir si l’IA est utile, mais dans quelles conditions elle peut être soutenable.
Dans cette logique, les échanges ont mis en avant des approches plus sobres, fondées sur des modèles spécialisés, moins gourmands en ressources, ainsi que sur l’intégration accrue des énergies renouvelables pour alimenter les infrastructures numériques.
À Benguerir, où la question énergétique se pense aussi à l’échelle territoriale, cette réflexion a trouvé un ancrage particulier.
IA et durabilité : le débat glisse vers la gouvernance
Pour les intervenants, la question n’est pas seulement technologique. Elle est aussi éthique et politique.
C’est dans cette perspective que Saida Belouali a introduit la question de la responsabilité, en rappelant que les choix technologiques ne sont jamais neutres et engagent, au-delà des performances, des trajectoires de société.
Au fond, ce premier panel aura posé une ligne claire : le débat n’oppose pas innovation et durabilité, il interroge la manière de les articuler.
Et c’est sans doute là l’un des fils conducteurs de cette Sustainability Week : penser une intelligence artificielle performante, mais sobre ; innovante, mais gouvernée ; puissante, mais responsable.
À l’heure où le Maroc cherche à articuler transition écologique, souveraineté technologique et ambition africaine, le sujet dépasse largement le cadre académique. Il touche déjà à une question plus large : quelle infrastructure numérique pour quelle transition durable ?

