Tamwilcom a officiellement lancé, mercredi à Salé, son nouveau plan stratégique « Jossour 2030 », une feuille de route ambitieuse destinée à accélérer le financement des entreprises marocaines et à renforcer le rôle du secteur privé dans la croissance économique du Royaume. À l’horizon 2030, l’institution prévoit de mobiliser 300 milliards de dirhams de financements pour un volume d’engagements estimé à 170 milliards de dirhams.
Présenté lors d’une cérémonie présidée par Nadia Fettah, ce nouveau programme ambitionne également d’accompagner près de 435.000 bénéficiaires, dont une large majorité de très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). Tamwilcom table aussi sur plus de 60 milliards de dirhams d’investissements privés cumulés et sur la création de 45.000 emplois bruts par an.
À travers cette stratégie, l’établissement veut franchir un nouveau cap dans son rôle de soutien au financement de l’économie marocaine. Le nom « Jossour », qui signifie « passerelles » en arabe, traduit la volonté de connecter davantage les entrepreneurs, les banques, les investisseurs et les territoires autour de projets créateurs de valeur.
Pour la ministre de l’Économie et des Finances, ce plan intervient dans une phase marquée par la transformation économique du Maroc et par la nécessité de consolider l’investissement privé. Malgré les tensions géopolitiques et les perturbations de l’économie mondiale, elle a souligné que le Royaume continue d’afficher une résilience saluée par les partenaires internationaux et les marchés financiers.
Selon Nadia Fettah, le développement du secteur privé reste un levier central de l’émergence économique du pays. Elle estime qu’un tissu entrepreneurial compétitif ne peut se développer sans un accès plus fluide, plus inclusif et plus efficace au financement, notamment pour les TPME qui représentent l’essentiel du tissu économique national.
Cette nouvelle phase stratégique s’inscrit dans la continuité de la réforme engagée en 2020, lorsque la Caisse Centrale de Garantie a été transformée en Tamwilcom afin de faire évoluer le système national de garantie vers un modèle davantage orienté vers l’investissement et l’accompagnement des entreprises.
Le directeur général de Tamwilcom, Saïd Jabrani, a mis en avant la progression spectaculaire enregistrée par l’institution ces quinze dernières années. Le nombre de crédits garantis est ainsi passé de moins de 1.000 opérations en 2010 à plus de 61.800 opérations en 2025. Sur la même période, le volume des crédits garantis a bondi de 1,2 milliard à 25 milliards de dirhams.
L’établissement affirme également vouloir renforcer l’impact économique de ses interventions. Une étude d’évaluation interne montre qu’un dirham injecté par l’État dans les mécanismes de garantie génère, sur cinq ans, 2,5 dirhams de valeur ajoutée dans l’économie nationale.
Le plan « Jossour 2030 » repose sur trois grandes orientations. La première vise à consolider le métier historique de la garantie en élargissant les interventions à des secteurs jugés stratégiques, notamment l’export, les chaînes de valeur et les écosystèmes de sous-traitance.
La deuxième orientation porte sur la territorialisation du financement. Tamwilcom souhaite désormais adapter ses dispositifs aux spécificités économiques de chaque région, qu’il s’agisse de l’industrie, du tourisme, de la pêche ou des services. Cette démarche a été concrétisée par la signature d’une convention avec l’Association des Régions du Maroc afin de renforcer les dynamiques économiques territoriales.
Le troisième axe consiste à mettre l’expertise financière de l’institution au service des politiques publiques, notamment à travers des mécanismes de financement dédiés à certains programmes stratégiques.
Tamwilcom prévoit également d’exploiter davantage les données accumulées au fil des années afin de développer une approche fondée sur l’analyse d’impact économique et social. L’objectif est de fournir des indicateurs et des études capables d’orienter les décisions des pouvoirs publics et des acteurs financiers.
Plusieurs mesures concrètes entreront en vigueur dès le 4 juin. Parmi les principales annonces figure le relèvement à 75% du taux de couverture des crédits accordés aux très petites entreprises afin de faciliter leur accès au financement bancaire.
L’institution élargit aussi, pour la première fois, son champ d’intervention aux entreprises de taille intermédiaire réalisant un chiffre d’affaires compris entre 200 et 500 millions de dirhams. Cette évolution doit permettre d’accompagner des entreprises à fort potentiel dans leurs projets de croissance, de modernisation et de développement à l’international.
Tamwilcom renforcera également ses mécanismes de cofinancement en faveur des femmes entrepreneures, des Marocains du monde investissant au Maroc ainsi que des projets liés à la transition énergétique. Ces catégories bénéficieront de conditions préférentielles avec des taux particulièrement avantageux.
Lors de cette rencontre, une seconde convention a été signée avec le ministère de l’Économie et des Finances et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc afin d’encourager davantage les banques à soutenir le financement des TPME et des entreprises de taille intermédiaire.
Du côté de la CGEM, le président Mehdi Tazi a rappelé que le principal défi consiste désormais à faire grandir les entreprises marocaines. Aujourd’hui, seule une infime partie des microentreprises parvient à franchir un cap pour rejoindre la catégorie supérieure.
Alors que les TPME représentent près de 99% du tissu économique national, elles continuent de capter une part limitée des crédits accordés aux entreprises. Le déficit de financement des TPME formelles est estimé à près de 200 milliards de dirhams. Dans ce contexte, « Jossour 2030 » apparaît comme l’un des principaux leviers mobilisés pour réduire ce déficit et accélérer la montée en puissance du secteur privé marocain.


