Le Maroc vient de franchir une étape décisive dans la défense des intérêts économiques de sa diaspora. Après plusieurs mois de tractations complexes, un accord a été trouvé avec le Trésor français autour de la directive européenne CRD VI, qui risquait de compromettre sérieusement les transferts d’argent des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et de freiner l’activité des banques marocaines en Europe. Ce compromis sera finalisé en juillet, selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, à l’issue de la réunion trimestrielle du conseil de la banque centrale.
L’accord porte sur l’activité dite de « relais », par laquelle les banques marocaines, à travers leurs succursales et bureaux de représentation en Europe, permettent aux MRE de gérer leurs comptes et d’envoyer de l’argent au pays. La directive CRD VI, adoptée par le Parlement européen et publiée au Journal officiel de l’Union en juin 2024, prévoit que les établissements bancaires non basés dans l’UE ne pourront plus fournir directement des services à des résidents européens à partir de leur pays d’origine. Un dispositif qui, bien qu’orienté initialement contre les banques britanniques après le Brexit, touche de plein fouet les banques marocaines opérant dans sept pays européens, dont la France.
L’enjeu est d’autant plus important que la France représente la principale source des transferts des MRE, avec une part de plus de 30 %, selon l’Office des changes. Conscient du risque que cette nouvelle réglementation faisait peser sur la balance des paiements et les flux financiers entrants, le Maroc a mobilisé tous les leviers diplomatiques, financiers et techniques pour obtenir un réajustement de la position française.
Une task force réunissant Bank Al-Maghrib, les ministères de l’Économie, des Finances et des Affaires étrangères, ainsi que les grandes banques nationales, a intensifié les discussions avec les autorités françaises et les instances européennes, notamment la direction FISMA, responsable de la stabilité financière au sein de la Commission européenne. La stratégie du Maroc consistait à obtenir une percée diplomatique d’abord avec la France, avant de démarcher d’autres pays comme l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie, également concernés par cette directive et abritant une forte communauté marocaine.
Selon les propos de Jouahri, le Trésor français a montré une réelle compréhension des enjeux marocains et de l’importance des services offerts aux MRE. La coopération étroite entre les deux pays devrait permettre d’éviter une rupture dans la relation entre la diaspora et les établissements bancaires du Royaume. Une fois validé, l’accord franco-marocain sera soumis à la Commission européenne pour approbation, dans l’objectif d’influencer également la mise en œuvre nationale de la directive par d’autres États membres.
En attendant cette finalisation, Bank Al-Maghrib prévoit que les transferts des MRE enregistreront un léger repli en 2025, avant de rebondir en 2026 pour atteindre un volume estimé à près de 121 milliards de dirhams. Ce scénario table sur la stabilisation du cadre réglementaire et la préservation des services bancaires destinés aux Marocains de l’étranger.
Parallèlement à cette avancée diplomatique, le conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 %, tout en soulignant la bonne dynamique de la croissance hors secteur agricole et une inflation maîtrisée. La banque centrale reste attentive à la transmission des récentes baisses de taux vers les acteurs économiques, notamment les TPME.
Avec cette avancée, le Maroc réaffirme sa volonté de protéger les liens financiers avec sa diaspora et d’ancrer son réseau bancaire au cœur des réalités européennes, malgré un environnement réglementaire de plus en plus complexe.


