Le choix de Donald Trump pour présider la Réserve fédérale américaine a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers, entraînant les plus fortes baisses d’un jour du prix de l’or et de l’argent depuis les années 1980.
Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed et désormais fellow à la Hoover Institution ainsi que conférencier à la Stanford Graduate School of Business, a été annoncé comme le successeur potentiel de Jerome Powell, dont le mandat expire en mai. Cette nomination, perçue comme très « faucon », a immédiatement influencé les anticipations des investisseurs, déjà sensibles aux fluctuations des taux et aux tensions économiques mondiales.
Les marchés actions américains ont réagi à cette annonce par des reculs modérés mais significatifs. Le S&P 500 a perdu 0,43 % à 6 939 points, tandis que le Dow Jones a cédé 0,36 % à 48 892 points, et le Nasdaq 0,94 % à 23 462 points. Le rendement des obligations du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,247 %, signe que le marché obligataire anticipe désormais une politique monétaire moins accommodante. Stuart Clark, gestionnaire de portefeuille chez Quilter, souligne que la nomination de Warsh « tempère toute attente d’une baisse indiscriminée des taux sous pression présidentielle ».
L’impact le plus spectaculaire s’est manifesté sur les métaux précieux. L’or a chuté de plus de 9 %, à 4 871 dollars l’once, tandis que l’argent a plongé de 27 %, marquant la plus forte baisse quotidienne depuis quarante ans. La réputation de Warsh en tant que combattant de l’inflation a provoqué cette réaction. En tant que « faucon », il privilégie des taux élevés pour contenir l’inflation, au détriment d’une politique monétaire expansive qui favorise traditionnellement l’or et l’argent. Mark Malek, directeur des investissements chez Siebert Financial, résume ainsi : « Un président de la Fed monétariste limite la tolérance à l’inflation et refroidit les excès des marchés spéculatifs, notamment dans la technologie et l’intelligence artificielle. »
La nomination de Warsh a également soutenu le dollar, qui avait enregistré des pertes importantes cette année. Selon Francesco Pesole, stratégiste chez ING, la perspective d’une Fed moins encline à réduire les taux « réduit le risque d’une nouvelle dépréciation majeure du billet vert ». Cependant, cette annonce est intervenue dans un contexte politique tendu, le gouvernement américain étant proche d’un arrêt partiel après l’échec du Sénat à voter un budget. Les économistes estiment que si le gouvernement rouvre rapidement, les conséquences sur l’économie seront limitées.
Warsh se distingue par son expérience durant la crise financière de 2008, où il avait exprimé des réserves sur les programmes d’achat d’actifs de la Fed, anticipant un risque d’inflation qui ne s’est finalement pas matérialisé. Cette approche conservatrice en matière monétaire contraste avec l’attente des marchés, qui tablaient sur un choix plus « dovish » de la part de Trump. Pour l’instant, les réactions violentes du marché semblent autant liées à la réputation de Warsh qu’à la dynamique des positions spéculatives sur les métaux précieux.
Les analystes jugent que, malgré la secousse immédiate, la nomination de Warsh pourrait renforcer à long terme la stabilité et la crédibilité de la politique monétaire américaine. « La continuité institutionnelle devrait primer sur les réactions à chaud », conclut Seema Shah, stratégiste chez Principal Asset Management. Pour les investisseurs, cette nomination pourrait marquer un tournant dans la perception des risques liés à l’inflation et à l’éventuelle bulle des actifs technologiques, tout en réaffirmant le rôle central de la Fed dans la régulation économique.


