La Commission européenne a dévoilé un vaste paquet social destiné à renforcer la lutte contre la pauvreté dans l’Union européenne, avec un objectif affiché : éradiquer ce phénomène d’ici 2050. Présentées à Bruxelles par la présidente Ursula von der Leyen et la vice-présidente Roxana Mînzatu, ces mesures interviennent dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, la crise du logement et les difficultés persistantes d’accès à l’emploi pour des millions d’Européens.
Selon les dernières données européennes, près de 93 millions de personnes dans l’UE restent exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit plus d’un Européen sur cinq. La situation est encore plus préoccupante chez les enfants, avec un mineur sur quatre touché par cette précarité. À cela s’ajoute une flambée des prix du logement : depuis 2013, les coûts immobiliers ont augmenté d’environ 60 % dans plusieurs États membres, tandis que près d’un million de personnes sont aujourd’hui sans domicile.
Face à cette pression sociale croissante, Bruxelles veut accélérer la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et maintenir l’objectif intermédiaire fixé pour 2030 : sortir au moins 15 millions de personnes de la pauvreté, dont cinq millions d’enfants.
La nouvelle stratégie européenne repose sur plusieurs axes. Le premier concerne l’accès à l’emploi. La Commission considère le travail comme le principal levier de sortie de la pauvreté et veut faciliter l’intégration des personnes éloignées du marché du travail, notamment les jeunes, les femmes et les migrants. L’exécutif européen souligne également la progression du phénomène des travailleurs pauvres : environ 16 millions de personnes occupent un emploi sans parvenir à couvrir correctement leurs besoins essentiels.
Le deuxième volet porte sur le logement. Bruxelles souhaite encourager les États membres à développer davantage de logements sociaux et abordables, tout en renforçant les dispositifs de prévention contre les expulsions. Parmi les pistes avancées figurent des systèmes d’alerte précoce, des aides d’urgence pour les locataires en difficulté, ainsi qu’un accompagnement en matière de dettes et de médiation locative. Cette orientation s’inscrit dans le cadre du plan européen pour des logements abordables lancé fin 2025.
La pauvreté infantile constitue un autre pilier central du dispositif. La Commission européenne veut renforcer la Garantie européenne pour l’enfance afin d’améliorer l’accès aux soins, à l’éducation, à l’alimentation scolaire et aux services sociaux. Une carte européenne dédiée pourrait également être expérimentée dans plusieurs pays afin de simplifier l’accès des familles aux services essentiels.
Le plan européen accorde aussi une place importante aux personnes en situation de handicap. Plus de 90 millions de citoyens européens sont concernés, mais les écarts restent importants entre les États membres en matière d’inclusion sociale et professionnelle. Bruxelles prévoit notamment le déploiement à grande échelle de la carte européenne du handicap et de la carte européenne de stationnement, avec des versions numériques intégrées au futur portefeuille numérique européen. Des investissements supplémentaires sont également annoncés dans les technologies d’assistance et l’intelligence artificielle pour améliorer l’autonomie au quotidien.
La Commission européenne entend par ailleurs créer une coalition contre la pauvreté réunissant autorités publiques, entreprises, organisations philanthropiques et société civile. Des consultations avec les partenaires sociaux doivent aussi être lancées afin de favoriser l’intégration des personnes exclues du marché du travail et de renforcer les politiques sociales nationales.
Malgré ces annonces ambitieuses, Bruxelles reconnaît que les objectifs seront difficiles à atteindre. Les institutions européennes s’inquiètent notamment des conséquences durables de la crise énergétique, de l’inflation et des tensions sur le logement. Plusieurs responsables européens redoutent même une aggravation de la pauvreté dans certains pays si les États membres ne renforcent pas rapidement leurs politiques sociales.
Pour Ursula von der Leyen, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale constitue désormais un enjeu majeur pour la stabilité économique et démocratique de l’Europe. « La pauvreté et l’exclusion sont des défis que nous pouvons et devons relever », a-t-elle déclaré lors de la présentation de cette stratégie sociale européenne.


