À l’heure où les équilibres énergétiques mondiaux sont profondément bouleversés, la 4e édition du Forum International des Énergies, organisée à Casablanca par Industrie du Maroc Magazine, s’est imposée comme un espace central de réflexion et de convergence entre décideurs publics, industriels et experts. Placé sous l’égide du Ministère de l’Industrie et du Commerce du Maroc, avec le soutien d’acteurs tels que le ONHYM et Green Tech Partners, l’événement a mis en lumière les enjeux croisés de souveraineté énergétique et de compétitivité industrielle.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes, des perturbations logistiques et une volatilité accrue des marchés énergétiques, le forum a permis de poser une question essentielle : comment transformer les vulnérabilités en leviers stratégiques ?
Une ouverture ancrée dans les réalités géopolitiques
Dès l’ouverture, Hicham Rahioui Idrissi, directeur général adjoint D’industrie du Maroc, a rappelé que la question énergétique ne relève plus uniquement de l’économie, mais s’inscrit désormais au cœur des enjeux de souveraineté et de stabilité.
« Dans un contexte géopolitique majeur et marqué par les perturbations du détroit d’Ormuz, l’énergie devient un enjeu de souveraineté et de résilience », a-t-il souligné.
Le Maroc, fort de son cadre stable, de sa vision claire et de sa position géostratégique, a su anticiper ces mutations en amorçant très tôt une diversification de son mix énergétique et en investissant massivement dans les énergies renouvelables. Cette approche s’inscrit dans une trajectoire de long terme, portée au plus haut niveau de l’État, qui positionne le Royaume comme un acteur crédible dans la transition énergétique mondiale. Etant devenu un «enjeu de souveraineté , de résilience».
Cette lecture stratégique s’inscrit dans une trajectoire de long terme, portée au plus haut niveau de l’État, qui positionne aujourd’hui le Royaume comme un acteur crédible dans la transition énergétique mondiale. Mais comme cela a été rappelé, l’enjeu actuel dépasse la seule production énergétique : il s’agit désormais de transformer cet avantage en véritable moteur de compétitivité industrielle.
Une vision industrielle assumée de la transition énergétique
Dans le prolongement de cette analyse, Hanane Belyagou, directrice des industries Aéronautiques,Ferroviaires,Navales et des Energies Renouvelables au ministre des affaires étrangères, a défendu une approche pragmatique de la transition énergétique. Elle a insisté sur la nécessité de traduire les ambitions environnementales en opportunités économiques concrètes.
La décarbonation apparaît ainsi comme une contrainte structurante, mais également comme un levier stratégique. À mesure que les normes internationales évoluent, l’empreinte carbone devient un critère déterminant de compétitivité et d’attractivité. Dans cette dynamique, les réformes réglementaires, notamment celles liées à l’autoproduction énergétique, jouent un rôle clé en favorisant l’investissement et en réduisant les coûts pour les industriels.
« Cette réussite repose sur une mobilisation collective, alliant acteurs publics, industriels et institutions financières », a résumé Mme Belyagou.
Des panels structurés autour des défis clés
Le programme d’ensemble s’est articulé autour de trois grands axes, chacun abordé à travers des panels réunissant des profils complémentaires.
Le premier panel, consacré à la géostratégie et au financement, a permis d’interroger les moyens de réduire la dépendance énergétique du Maroc tout en renforçant son intégration dans les réseaux régionaux et internationaux. Sous la modération de Hicham Bouzekri, PDG d’industrie du Maroc magazine, les échanges ont réuni des acteurs de premier plan tels que Ali El Harti, Président de FENELEC , Omar Alaoui Mhamdi CEO de ACWA POWER MORROCCO, Karim El Assefry, Chef de division des énergies durables au MTEDD, Soufiane Hajjani, PDG de Share ENERGY PARTNERS. La diversité des profils institutionnels, industriels et financiers a permis d’aborder les enjeux avec profondeur, en mettant l’accent sur la nécessité de structurer des modèles économiques robustes et attractifs pour les investisseurs.
Le deuxième panel a porté sur l’articulation entre industrie, décarbonation et compétitivité. Modéré par Nasma Jrondi, il a réuni notamment Selma Alami, Directrice générale de NEXANS MAROC, Reda El Alj Founding partners de GREEN TECH PARTNERS, Nadia Hmaity, Directrice Durabilité et économie circulaire ) OulluClean, Amal Hmouri, Gouvernment and institutions Afffairs à SCHNEIDER ELECTRIC, Fouad El Kohen, Directeur Général de EXLEPERT, Saâd GHAZAOUI, Dirceteur Général d’INEE, filiale du GROUPE CDG. Les discussions ont mis en évidence une réalité incontournable : l’accès à une énergie propre et compétitive devient un facteur déterminant dans les stratégies d’implantation industrielle. Le Maroc, en ce sens, dispose d’un avantage comparatif qu’il lui appartient désormais de consolider.
Le troisième panel, dédié à l’hydrogène vert et aux nouvelles chaînes de valeur, a ouvert des perspectives particulièrement stratégiques. Animé par Soufiane Hajjani, il a rassemblé des acteurs clés tels que Souaf Yousra Directrice Programm Management et Stratégie de MASEN, Nouhaïla Nabil Cheffe de département systèmes hydrogène Vert, IRESEN et Younes Haffane Directeur Général de MGH Energy Maroc. Au cœur des débats : les conditions nécessaires pour passer du potentiel à des projets industriels concrets, ainsi que les enjeux d’intégration territoriale, de création d’emplois qualifiés et de transfert technologique.
Des interventions de haut niveau pour éclairer la transition
La pertinence des intervenants réside précisément dans cette capacité à croiser les approches : technique, économique, réglementaire et stratégique.
Ils ont apporté un éclairage stratégique sur des dimensions souvent moins visibles mais essentielles. Hicham Bouzekri a notamment insisté sur le rôle de l’énergie comme vecteur de transformation industrielle, tandis que Zineb Gaouane a mis en avant la sécurité juridique comme pilier fondamental de la transition des entreprises.
Innovation et entrepreneuriat au cœur des dynamiques futures
La journée s’est clôturée sur un focus innovation et startups, avec des initiatives telles que Verve Technologie ,Youssef L. Moumen et Solar-Wave ,Mohammed Jamai. La transition énergétique ne se limite plus aux grands projets : elle s’incarne également dans des solutions technologiques agiles, intégrées aux chaînes de valeur industrielles.
En effet a transition énergétique ne se limite plus aux grands projets structurants, elle s’incarne également dans des solutions technologiques agiles, portées par des startups et intégrées dans les chaînes de valeur industrielles.
Une plateforme stratégique au cœur des transformations
Le Forum International des Énergies confirme sa vocation de plateforme de dialogue entre politiques publiques, stratégies industrielles et dynamiques entrepreneuriales. Dans un monde en recomposition, marqué par des incertitudes croissantes, la capacité à créer des espaces d’échange de qualité devient un enjeu en soi.
En réunissant des profils variés mais complémentaires, cette 4e édition a permis d’aborder les défis énergétiques avec lucidité et ambition. Elle a surtout mis en évidence une conviction partagée : la souveraineté énergétique du Maroc ne se décrète pas, elle se construit à travers des choix stratégiques, des investissements ciblés et une coordination étroite entre acteurs publics et privés.
À mesure que les équilibres mondiaux évoluent, le Royaume semble disposer des atouts nécessaires pour transformer les contraintes en opportunités. Reste désormais à traduire cette vision en réalisations concrètes, capables de renforcer durablement sa compétitivité industrielle.

