Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a appelé, vendredi, à une intervention urgente pour protéger et évacuer les quelque 6.000 marins toujours bloqués dans le détroit d’Ormuz, alors que les tensions militaires dans la région continuent de perturber la navigation commerciale.
L’appel a été lancé au nom du Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk. Les États, les armateurs et les autres parties concernées sont invités à prendre rapidement des mesures pour assurer la sécurité des équipages, faciliter leur accès à l’assistance consulaire et aux produits de première nécessité, mais aussi permettre leur évacuation et leur rapatriement dans des conditions sûres.
Selon les données de l’Organisation maritime internationale (OMI), environ 400 navires seraient toujours immobilisés dans le détroit stratégique, avec des milliers de membres d’équipage à leur bord. Une partie d’entre eux n’a pas pu être évacuée lors du cessez-le-feu qui devait permettre à quelque 11.000 marins pris au piège dans le Golfe de quitter la zone.
Le bilan communiqué par les Nations unies pourrait toutefois être inférieur à la réalité. Plusieurs marins se trouvent à bord de petites embarcations qui n’ont pas encore été localisées, tandis que d’autres sont toujours considérés comme portés disparus.
La situation est particulièrement préoccupante pour les équipages dont les navires ont été abandonnés par leurs propriétaires. Le Haut-Commissariat affirme avoir recensé au moins neuf bâtiments, transportant au total 93 marins, laissés sans assistance depuis le début du conflit. Certains équipages seraient privés de nourriture, d’eau, de carburant, d’électricité et de soins médicaux. Ils auraient également des difficultés à communiquer avec leurs familles et, dans certains cas, ne percevraient plus les salaires qui leur sont dus.
Cette immobilisation prolongée fait peser de lourdes conséquences sur la santé physique et psychologique des marins, déjà confrontés à des conditions de vie précaires et à l’incertitude quant à leur retour chez eux. Le Haut-Commissariat fait par ailleurs état de 17 décès de marins depuis le début des hostilités.
« Les attaques contre des navires civils sont inacceptables et doivent cesser », a déclaré Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, rappelant que les bâtiments civils bénéficient d’une protection au regard du droit international humanitaire. L’ONU demande aux parties au conflit de garantir rapidement un passage sécurisé afin que les équipages puissent être débarqués et évacués, tout en assurant l’acheminement des biens et services essentiels.
La crise maritime s’inscrit dans un contexte de forte escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran. Depuis le déclenchement du conflit, le 28 février, les conditions de navigation dans le détroit d’Ormuz se sont considérablement dégradées. Téhéran a restreint la circulation maritime et menacé les navires qui n’empruntent pas l’itinéraire autorisé le long de ses côtes. De son côté, Washington maintient la pression sur les ports iraniens.
Le détroit d’Ormuz constitue un point de passage majeur pour le transport mondial des hydrocarbures. Toute perturbation prolongée de la navigation dans cette zone stratégique fait donc peser des risques importants sur les chaînes d’approvisionnement énergétiques et sur les marchés pétroliers.
Vendredi, l’armée américaine a annoncé la poursuite de ses frappes contre des cibles militaires iraniennes, affirmant vouloir réduire les menaces visant la navigation commerciale. Plusieurs explosions ont également été signalées dans différentes régions iraniennes. Téhéran a, pour sa part, promis de poursuivre ses représailles et affirmé avoir ciblé des installations utilisées par les forces américaines dans plusieurs pays de la région.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a également averti les pays qui participeraient ou apporteraient leur soutien aux opérations américaines qu’ils pourraient être tenus pour responsables. La tension a par ailleurs alimenté les inquiétudes sur les marchés de l’énergie : le prix du Brent a dépassé les 100 dollars le baril jeudi, avant de se replier légèrement vendredi.
Alors que les combats se poursuivent et que la circulation maritime reste fortement perturbée, l’ONU appelle à une action immédiate pour éviter que les milliers de marins bloqués dans le détroit d’Ormuz ne deviennent les victimes oubliées de la crise. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait déjà averti jeudi que la situation risquait de devenir « hors de contrôle », appelant à mettre fin aux hostilités.


