La flambée des prix des moutons de l’Aïd al-Adha continue de provoquer une vive colère au Maroc, à la veille de la fête religieuse. Dans plusieurs villes du Royaume, la hausse spectaculaire des tarifs et la rareté de l’offre alimentent un climat de tension et d’incompréhension chez de nombreux citoyens. Entre accusations de spéulation, critiques contre les politiques agricoles et interrogations autour des chiffres officiels du cheptel, la crise des sacrifices de l’Aïd prend une dimension à la fois sociale et politique.
L’Association marocaine des droits humains, considérée comme l’une des principales organisations de défense des droits au Maroc, estime que cette envolée des prix reflète l’échec des politiques publiques agricoles menées ces dernières années. Dans un communiqué publié mardi, l’association affirme que les prix pratiqués dans les marchés et les grandes surfaces dépassent largement les capacités financières des familles marocaines, déjà confrontées à une hausse continue du coût de la vie.
Alors que les autorités avaient annoncé une abondance du cheptel national grâce aux programmes de soutien et aux opérations d’importation, les réalités du terrain racontent une autre histoire. Dans plusieurs marchés, les moutons de race Timahdite étaient proposés autour de 77 dirhams le kilogramme, tandis que les moutons Sardi atteignaient près de 100 dirhams le kilogramme. Dans certains souks, les prix des moutons destinés au sacrifice ont franchi les 5.000 à 7.000 dirhams, poussant de nombreuses familles à se rabattre sur l’achat de viande auprès des abattoirs.
Cette situation ravive les critiques contre le gouvernement. Des responsables politiques et des acteurs associatifs remettent en cause les chiffres officiels annoncés par le ministère de l’Agriculture, qui évoquait récemment une disponibilité comprise entre 8 et 9 millions de têtes d’ovins et de caprins pour l’Aïd al-Adha. Pour plusieurs observateurs, le décalage entre les statistiques officielles et la réalité observée dans les marchés nourrit les soupçons de mauvaise gestion et de spéculation.
Dans ce contexte tendu, le Conseil de la concurrence a récemment donné son feu vert à des mesures exceptionnelles visant à mieux encadrer le marché des moutons. Toutefois, contrairement à certaines rumeurs relayées ces derniers jours, aucun plafonnement officiel des prix n’a été validé. Les mesures concernent principalement l’organisation des marchés, le contrôle des circuits de vente et la lutte contre les pratiques spéculatives.
Face à cette crise, l’Association marocaine des droits humains appelle à l’ouverture d’une enquête transparente sur les fonds publics consacrés au soutien du secteur agricole et à l’importation du bétail. L’organisation réclame également un renforcement des contrôles contre les monopoles et les pratiques de rente afin de préserver le pouvoir d’achat des citoyens.

