Le monde culturel marocain est en deuil. Abdelkader Moutaa, l’une des figures fondatrices du théâtre et du septième art au Maroc, s’est éteint ce mardi 21 octobre à Casablanca, à l’âge de 85 ans. Sa disparition met fin à une carrière marquée par la constance, la modestie et un profond attachement à la création artistique sous toutes ses formes.
Né en 1940 dans le quartier populaire de Derb Sultan, à Casablanca, Moutaa a connu une enfance modeste, marquée par la disparition précoce de son père. Très jeune, il enchaîne les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille, avant qu’une activité de scoutisme ne révèle chez lui un goût insoupçonné pour la scène. Cette découverte sera le point de départ d’une aventure artistique qui s’étendra sur plus d’un demi-siècle.
Il fait ses premiers pas sur les planches avec la pièce Al-Sahafa Al-Mouzaouara, avant de s’imposer parmi les grandes figures du théâtre marocain. Son talent, reconnu pour sa sobriété et sa profondeur, le conduira rapidement vers le grand écran. Au cinéma, Abdelkader Moutaa prêtera son visage et sa voix à des œuvres majeures telles que Wechma de Hamid Bennani, El Chergui ou le silence violent de Moumen Smihi, ou encore Les Bandits de Saïd Naciri. Chaque rôle, habité d’une vérité rare, témoigne de sa capacité à incarner la complexité humaine, entre tradition et modernité.
Sa popularité auprès du grand public s’enracine avec le personnage de Tahar Belferiat, figure emblématique et attachante du Maroc populaire. Par son interprétation nuancée, Moutaa y dévoile toute la richesse d’un jeu fondé sur la sincérité et l’observation fine du quotidien.
Atteint de cécité au cours de ses dernières années, il s’était progressivement retiré de la scène, sans jamais renier sa vocation. Loin des feux médiatiques, il demeurait pour beaucoup une référence, un modèle d’humilité et de persévérance. Son silence, empreint de dignité, n’avait rien d’un effacement : il traduisait la fidélité d’un artiste à ses valeurs.
La disparition d’Abdelkader Moutaa laisse un vide profond dans la mémoire artistique du Maroc. Comédien de conviction, il appartient à cette génération qui a donné au théâtre et au cinéma marocains leurs lettres de noblesse. À travers son œuvre, c’est une part de l’histoire culturelle du pays qui s’inscrit durablement dans la mémoire collective.

