Le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a livré lundi à Rabat un plaidoyer appuyé en faveur d’une modernisation du système statistique national à l’occasion de la Journée mondiale de la statistique. Devant un parterre de responsables gouvernementaux, d’experts du Haut-Commissariat au Plan (HCP), de représentants du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de plusieurs ministres, le gouverneur de la Banque centrale a appelé à repenser en profondeur la gouvernance et la production des données au Maroc afin d’en faire un véritable levier de pilotage des politiques publiques.
Dès le début de son intervention, Abdellatif Jouahri a insisté sur l’importance stratégique de la statistique officielle marocaine, qu’il a décrite comme un outil de confiance reconnu par les institutions internationales et les investisseurs. Il a néanmoins averti que cette crédibilité ne saurait être pleinement préservée sans une adaptation rapide aux mutations économiques et sociales que traverse le Royaume. Selon lui, le succès des grandes réformes nationales, telles que la transition énergétique, la régionalisation avancée ou la mise en œuvre du Nouveau modèle de développement, dépend directement de la qualité, de la fiabilité et de la régularité de la donnée statistique.
Le gouverneur a également insisté sur la nécessité d’élargir la couverture statistique nationale, aussi bien sur le plan géographique, pour accompagner la régionalisation avancée, que sur le plan thématique, notamment en matière de richesse des ménages, de salaires, d’investissement privé et de changement climatique. Ces domaines, encore peu documentés, constituent selon lui des angles morts qui limitent la précision du diagnostic économique et la pertinence des politiques publiques. Il a par ailleurs souligné le manque de réactivité du système actuel, certaines données essentielles à la politique monétaire, telles que celles sur l’emploi ou la consommation, n’étant publiées que sur une base trimestrielle.
Sur le plan institutionnel, Abdellatif Jouahri a regretté que le cadre législatif régissant la statistique nationale, mis en place il y a plus d’un demi-siècle, ne soit plus adapté aux réalités contemporaines. Les dispositions relatives à la coordination entre les différents producteurs de données sont, selon lui, insuffisamment appliquées. Il a ainsi appelé à une mobilisation collective pour refonder ce système et relancer le chantier de modernisation amorcé par le Haut-Commissariat au Plan sans résultats concrets à ce jour.
Le wali a également présenté les efforts menés par Bank Al-Maghrib, qui entreprend actuellement une refonte complète de son système d’information afin de créer un pôle statistique autonome. Ce projet vise à renforcer la capacité d’analyse de la Banque centrale, à intégrer de nouveaux outils de traitement et à assurer une meilleure interopérabilité avec les autres institutions nationales. Il a affirmé que le budget de la statistique ne doit plus être considéré comme une simple dépense, mais comme un investissement stratégique indispensable à la stabilité économique et à la conception de politiques publiques efficaces.
La représentante de l’UNFPA au Maroc, Marielle Sander, a souligné pour sa part l’importance d’un système statistique rigoureux, accessible et interopérable, capable de soutenir la planification démographique et les politiques d’égalité. Elle a mis en avant le potentiel des outils analytiques avancés, tels que l’intelligence artificielle et la modélisation prédictive, pour anticiper les évolutions économiques et sociales. Mme Sander a proposé la mise en place d’un tableau de bord national de transition et d’alerte précoce, inspiré du concept des Accelerated Dashboards with Early Warning Triggers, qui permettrait de suivre en temps réel les principaux indicateurs économiques, démographiques et sociaux, notamment l’inflation, l’emploi, la fécondité, la scolarisation et les disparités territoriales.
Abdellatif Jouahri a salué la résilience de l’économie marocaine face aux chocs successifs qu’elle a connus ces dernières années, citant la pandémie, la guerre en Ukraine ou encore les effets du dérèglement climatique. Il a fixé un cap ambitieux : permettre au Maroc d’adhérer à la Norme spéciale de diffusion des données Plus (NSDD Plus) du Fonds monétaire international (FMI), près de vingt ans après l’application de la norme initiale. Cette ambition, a-t-il souligné, reflète la maturité d’un pays capable de produire et de diffuser des statistiques selon les standards internationaux les plus exigeants.

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