Le secteur des assurances au Maroc s’apprête à changer de référentiel prudentiel. À Rabat, le président de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS), Abderrahim Chaffai, a annoncé l’aboutissement imminent du cadre de Solvabilité Basée sur les Risques (SBR), appelé à remplacer les mécanismes actuels fondés sur des ratios statiques. Cette évolution, inspirée de la directive européenne Solvabilité II mais adaptée aux réalités nationales, introduit une lecture plus fine et plus exigeante des risques portés par les assureurs.
La réforme modifie en profondeur la manière d’évaluer la solidité financière des compagnies. Là où les anciens outils se limitaient à des seuils quantitatifs, la SBR repose sur une approche dynamique, tenant compte de la nature réelle des risques, de leur intensité et de leur évolution. Ce changement de méthode doit permettre une supervision plus précise du secteur, en phase avec les standards internationaux, tout en intégrant les spécificités du marché marocain.
Au-delà de l’aspect technique, l’enjeu est double. D’un côté, renforcer la protection des assurés grâce à une meilleure anticipation des vulnérabilités des opérateurs. De l’autre, préserver le rôle des compagnies d’assurance dans le financement de l’économie. Le dispositif a été calibré pour éviter une contrainte excessive sur les acteurs du marché, en leur laissant des marges de manœuvre suffisantes pour investir et accompagner les projets économiques.
Ce chantier, mené sur plusieurs années, s’est appuyé sur des études d’impact successives auprès des professionnels du secteur. Il positionne désormais le Maroc parmi les pays les plus avancés de la région en matière de régulation assurantielle basée sur les risques. Pour l’ACAPS, cette évolution s’inscrit dans une trajectoire entamée depuis sa création, marquée par un alignement progressif sur les meilleures pratiques internationales.
Dix ans après son lancement, l’Autorité met en avant un bilan structurant. Son indépendance institutionnelle s’est consolidée, tout comme son cadre juridique, renforçant sa crédibilité auprès des acteurs nationaux et internationaux. Cette expérience suscite aujourd’hui l’intérêt de plusieurs pays africains, qui s’inspirent du modèle marocain pour moderniser leur propre régulation.
La transformation du secteur ne se limite pas à la supervision financière. L’ACAPS a également investi le terrain technologique, en accompagnant le développement des Insurtechs. L’objectif est d’intégrer l’innovation dans les usages, d’améliorer la distribution des produits d’assurance et d’apporter davantage de valeur aux assurés, dans un environnement de plus en plus digitalisé.
Sur le plan macro-prudentiel, la coordination avec Bank Al-Maghrib et l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux a permis de bâtir des outils d’analyse capables de simuler des chocs systémiques. Cette capacité de projection offre au régulateur une vision anticipative des risques, essentielle dans un contexte marqué par des crises successives.
La protection des assurés reste un axe central. Le traitement de plus de 6.000 dossiers de réclamations en 2023 illustre l’intensification des efforts en matière de transparence et de gouvernance des produits. Cette vigilance s’étend désormais aux risques émergents, notamment liés à l’intelligence artificielle et aux changements climatiques.
Sur ce dernier point, le dispositif national de couverture des événements catastrophiques, fondé sur un partenariat public-privé, est présenté comme un exemple de réponse structurée à des risques complexes. Il témoigne de la capacité du secteur à modéliser des scénarios extrêmes et à mobiliser des ressources pour y faire face.
Avec la mise en œuvre de la Solvabilité Basée sur les Risques, le Maroc engage une réforme de fond qui redéfinit les équilibres du secteur assurantiel. Entre exigence de solidité financière, innovation et soutien à l’économie, le nouveau cadre prudentiel trace les contours d’un marché plus résilient et mieux armé face aux incertitudes.

