Face à une menace terroriste de plus en plus mouvante, Rabat a accueilli une réunion stratégique réunissant les procureurs spécialisés du Maroc, de France, d’Espagne et de Belgique, un format devenu incontournable pour traquer des réseaux qui ne connaissent plus de frontières.
Dès l’ouverture des travaux, le Procureur général du Roi près la Cour de cassation et Président du Ministère public, Hicham Balaoui, a insisté sur l’efficacité du partenariat quadripartite, qualifié par ses membres d’“exceptionnel”. Pour les quatre pays, ce mécanisme s’est imposé comme un outil décisif pour anticiper les attaques, accélérer les échanges d’informations et resserrer les liens entre parquets spécialisés.
La rencontre intervient dans un contexte marqué par la diversification des méthodes terroristes et la circulation de propagande via les plateformes numériques. Balaoui a souligné que les États, même les mieux équipés, ne peuvent plus agir seuls. L’action conjointe, appuyée par des dispositifs juridiques solides, demeure la seule réponse capable de suivre l’évolution rapide des réseaux extrémistes. Les juges de liaison, devenus des pivots du dispositif depuis la création de la commission quadripartite, jouent un rôle déterminant : ils fluidifient la communication, examinent les dossiers communs et permettent un traitement plus rapide des demandes de coopération.
La question des combattants terroristes étrangers reste, selon les procureurs, l’un des défis les plus complexes. Leur profil, mêlant endoctrinement idéologique, mobilité et organisation clandestine, mobilise en permanence les services de sécurité. À cela s’ajoute l’emprise accrue des réseaux sociaux, décrits par Balaoui comme un “terrain d’action privilégié” pour le recrutement, la diffusion de discours violents et la coordination d’activités criminelles. Les quatre parquets ont réaffirmé la nécessité d’adapter leurs méthodes à ces environnements numériques mouvants.
Le Procureur général près la Cour d’appel de Rabat, Abdelaziz Raji, a rappelé que la lutte antiterroriste ne peut se limiter aux procédures répressives. Il appelle à une approche globale, combinant prévention, programmes de réinsertion et initiatives destinées à déconstruire le discours extrémiste. Une vision partagée par la Procureure fédérale belge, Ann Fransen, qui a mis en avant l’importance d’un dialogue constant entre magistrats, police judiciaire et services de renseignement. Pour elle, la confiance entre institutions reste la clef d’une coopération durable.
Olivier Christen, procureur antiterroriste du Parquet national antiterroriste français, a salué la solidité de cette alliance, aussi bien au sein de l’Union européenne qu’avec le Maroc. Son homologue espagnol, Jesús Alonso Cristóbal, a tenu le même discours, rappelant que les quatre pays ont compris depuis longtemps que travailler en vase clos ne permettait plus de répondre à la complexité des menaces.
Pendant deux jours, les participants doivent passer en revue les dossiers en cours, analyser les nouvelles tendances observées dans les réseaux extrémistes et accélérer les commissions rogatoires internationales. Les échanges portent aussi sur l’amélioration des mécanismes d’échange d’informations, la gestion des affaires transnationales et le développement de programmes de prévention de la radicalisation.
En réunissant régulièrement leurs procureurs spécialisés, le Maroc, la France, l’Espagne et la Belgique consolident un modèle de coopération judiciaire que plusieurs pays observent de près. Un modèle fondé sur la réactivité, la confiance mutuelle et la conviction que la sécurité collective repose sur la capacité à anticiper plutôt qu’à subir.


