À l’heure où la santé mentale des adolescents s’impose comme un enjeu majeur, la régulation des réseaux sociaux franchit un nouveau cap. Depuis décembre, l’Australie interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une première mondiale qui inspire déjà plusieurs pays européens. Dans le même temps, aux États-Unis, Mark Zuckerberg défend Meta devant un jury à Los Angeles, dans un procès centré sur l’addiction des mineurs à Instagram et à YouTube.
En Australie, la mesure impose aux plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat, X ou encore Reddit de restreindre strictement l’accès aux mineurs de moins de 16 ans. Selon la commissaire australienne à la sécurité en ligne, près de 4,7 millions de comptes appartenant à des enfants auraient été supprimés dans les premières semaines d’application. Toutefois, des chercheurs soulignent que ces données ne reflètent pas nécessairement l’ensemble de la réalité, certains adolescents contournant les contrôles d’âge.
En Europe, le débat s’intensifie. En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz estime qu’une régulation pourrait prévenir des troubles du comportement. En Espagne, Pedro Sánchez dénonce un « Far West numérique ». En France, Emmanuel Macron appelle à protéger les enfants contre la manipulation de leurs émotions. D’autres pays comme la Norvège, la Grèce, le Danemark, l’Italie ou les Pays-Bas envisagent également des restrictions.
Aux États-Unis, la pression judiciaire pourrait rebattre les cartes du modèle économique des plateformes. Des documents internes versés au dossier révèlent qu’en 2015, environ 4 millions d’utilisateurs d’Instagram avaient moins de 13 ans. Des objectifs d’augmentation du « time spent » ont également été évoqués, avec des cibles allant jusqu’à 46 minutes d’utilisation quotidienne à l’horizon 2026. Si Meta conteste avoir délibérément favorisé l’addiction, le procès interroge directement la responsabilité algorithmique et le modèle publicitaire fondé sur l’engagement maximal.
Pour de nombreux experts australiens, l’interdiction ne saurait constituer une solution miracle. Ses effets sur la santé mentale des jeunes, en particulier des 10-13 ans, devront être évalués sur plusieurs années. Entre protection des mineurs, responsabilité des plateformes numériques et liberté d’accès à l’information, le débat mondial sur les réseaux sociaux entre ainsi dans une phase décisive.

