Les administrations publiques ont accéléré leur transition numérique ces dernières années, mais l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que la phase la plus difficile reste à accomplir : transformer les investissements technologiques en améliorations tangibles pour les citoyens et les entreprises.
Dans son rapport Perspectives de l’administration numérique 2026, l’OCDE constate que les pays membres ont considérablement renforcé les fondations de leur administration numérique grâce au développement des infrastructures partagées, des systèmes d’interopérabilité, des plateformes de données et des outils d’identité numérique. Toutefois, l’organisation souligne que ces dispositifs ne produisent pas encore pleinement les effets attendus sur la qualité des services publics.
Une transformation numérique encore inachevée
Selon l’OCDE, les administrations évoluent dans un contexte marqué par l’incertitude économique, les tensions démographiques, les contraintes budgétaires et l’essor rapide de l’intelligence artificielle. Face à ces défis, les technologies numériques et les données sont devenues des leviers essentiels pour améliorer l’efficacité, la résilience et la capacité d’adaptation des institutions publiques.
Le rapport met cependant en évidence un décalage persistant entre les ambitions affichées par les gouvernements et leur mise en œuvre effective. De nombreux pays disposent désormais de stratégies numériques et de cadres réglementaires avancés, mais peinent encore à intégrer ces outils dans les pratiques quotidiennes de l’administration.
Le partage des données reste insuffisant
Parmi les principaux défis identifiés figure l’exploitation des infrastructures numériques déjà disponibles. Les plateformes de partage de données, les systèmes d’identité numérique et les infrastructures infonuagiques sont largement déployés dans les pays de l’OCDE, mais leur utilisation demeure inégale.
L’organisation relève notamment que seulement 63 % des institutions publiques partagent effectivement leurs données via les systèmes nationaux d’interopérabilité. Cette situation limite la capacité des administrations à offrir des services plus rapides, plus coordonnés et davantage centrés sur les besoins des usagers.
Investissements numériques : l’évaluation demeure le maillon faible
L’OCDE observe également des progrès dans la planification et le financement des projets numériques. La plupart des gouvernements évaluent désormais leurs projets avant leur lancement et consacrent des budgets spécifiques à la transformation numérique.
En revanche, l’évaluation des résultats obtenus reste insuffisante. Seul un pays sur quatre mesure systématiquement si les projets numériques atteignent les objectifs fixés. Pour l’organisation, cette faiblesse réduit la capacité des administrations à identifier les initiatives les plus efficaces et à optimiser l’utilisation des fonds publics.
Le rapport attire également l’attention sur le déficit de compétences numériques au sein de la fonction publique. Seuls six pays membres disposent actuellement d’une stratégie dédiée au renforcement des compétences numériques des agents publics.
L’intelligence artificielle gagne du terrain
L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les administrations publiques. L’OCDE indique que presque tous les pays membres utilisent déjà l’IA dans au moins un domaine d’activité gouvernementale et ont mis en place des stratégies ou des dispositifs de gouvernance spécifiques.
Malgré cette progression, plusieurs chantiers restent ouverts. L’organisation recommande de renforcer la formation des agents, d’améliorer les procédures de passation des marchés liés à l’IA et de développer davantage les mécanismes de contrôle, de transparence et de responsabilité. Aujourd’hui, seuls 28 % des pays évaluent systématiquement les effets de l’intelligence artificielle dans le secteur public.
Vers des services publics plus simples et plus proactifs
L’un des objectifs majeurs de la prochaine étape de la transformation numérique consiste à améliorer l’expérience des citoyens. L’OCDE estime que les administrations doivent aller au-delà de la simple numérisation des procédures pour proposer des services intégrés, personnalisés et capables d’anticiper les besoins des usagers.
Le rapport souligne que les données mieux connectées et le partage sécurisé des informations entre administrations permettraient de réduire les démarches répétitives imposées aux citoyens et de développer des services proactifs capables d’intervenir avant même qu’une demande ne soit formulée.
Une nouvelle étape pour l’administration publique
L’OCDE considère que la plupart des pays ont désormais posé les bases de leur administration numérique. La priorité n’est plus seulement de construire des infrastructures ou d’adopter des stratégies, mais de garantir leur utilisation effective à grande échelle. L’enjeu est de faire du numérique un moteur de performance publique, capable de renforcer la confiance des citoyens, d’améliorer la qualité des services et d’accroître l’efficacité de l’action publique.

