Elle est arrivée au palais de justice de Casablanca droite comme une flèche, la voix claire et le regard décidé. Ce jeudi 17 juillet, Latifa Raâfat, icône de la chanson marocaine, a fait face à la justice. en tant que témoin déterminée à rétablir son honneur, éclaboussé par une affaire tentaculaire où se mêlent narcotrafic, figures politiques et soupçons d’influence, celle dite de “l’Escobar du Sahara”.
Convoquée par la Cour d’appel dans le cadre de l’enquête visant notamment Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca, et Abdenbi Bioui, ex-patron de la région de l’Oriental, la chanteuse a tenu à écarter les rumeurs l’accusant d’avoir voulu fuir la justice. « Je suis venue de moi-même. Il n’a jamais été question de me soustraire à quoi que ce soit », a-t-elle déclaré aux journalistes.
Au cœur du dossier : ses liens passés avec Ahmed Ben Brahim, surnommé “Escobar du Sahara”, baron de la drogue aux tentacules internationales. Leur mariage, aujourd’hui dissous, suffit à faire d’elle un témoin clé. Mais pour Latifa Raâfat, la confusion entre proximité affective et complicité criminelle est une erreur qu’elle entend corriger devant la cour.
Une volonté de confrontation
L’artiste a annoncé vouloir affronter directement Saïd Naciri à la barre. « Le peuple mérite de connaître la vérité. Je suis prête à me tenir face à lui, les yeux dans les yeux », a-t-elle affirmé.
La chanteuse rejette en bloc l’idée qu’elle aurait tenté d’utiliser un réseau d’influence pour échapper à la justice. Elle affirme n’avoir jamais joui d’un quelconque privilège, ni refusé une convocation. Une précision qu’elle juge nécessaire, alors que les spéculations enflent autour de sa présence dans les couloirs du tribunal, plutôt que dans la salle d’audience.
Une voix dans la tempête
Ce que la procédure cherche aujourd’hui à démêler, ce sont les circonstances ayant entouré les transactions de biens, les fréquentations du réseau criminel présumé, et les éventuels relais de pouvoir mobilisés dans l’ombre. Le nom de Raâfat, inscrit dans les procès-verbaux, est associé à cette histoire à travers celui d’un homme qu’elle a aimé, puis quitté. Un témoin identifié par les initiales T.Z., proche de Saïd Naciri, affirme que la chanteuse constituait à l’époque une forme de digue morale face aux dérives de son mari et de ses acolytes.
Il évoque une scène surréaliste où après son départ de la villa conjugale de Californie, à Casablanca, Ben Brahim aurait célébré leur divorce avec une fête où l’on dansait sur du Saad Lamjarred. Une sorte de bal grotesque dans les décombres d’un couple déchiré. Comme si la chute d’un mariage devenait l’antichambre d’un autre naufrage – judiciaire, cette fois.
Prison dorée, argent sale
Les révélations du témoin vont plus loin. En prison, Ben Brahim aurait mené une vie de pacha, particulièrement lors de sa détention à Nouadhibou, en Mauritanie. Traitement de faveur, privilèges, contacts réguliers avec ses associés présumés… Le trafiquant, condamné à dix ans de prison à El Jadida, aurait même chargé ses proches de récupérer ses fonds auprès de Naciri et Bioui.
La proximité entre ces hommes, selon T.Z., serait telle que le politique passait des heures entières en tête-à-tête avec le baron déchu, tandis que Bioui, plus discret, se contentait de visites éclairs.
Scandale tentaculaire
Au fil des auditions et des témoignages, l’affaire « Escobar du Sahara » révèle bien plus qu’un réseau de trafic. Elle dessine les contours d’un système où se croisent privilèges, amitiés dangereuses et silences calculés. La justice cherche désormais à savoir si certains ont protégé ou profité de la puissance d’un homme aujourd’hui déchu.
Dans cette tempête, Latifa Raâfat, témoin malgré elle, tente de garder la tête haute. Elle se dit prête à coopérer, sans détour ni faux-semblants. « Je ne suis ni une ombre ni une victime. Je suis une citoyenne qui veut que la vérité éclate », a-t-elle conclu.

