Les pays africains sont appelés à saisir les opportunités économiques offertes par leurs nouveaux plans climatiques, alors que les délais fixés par l’Accord de Paris approchent. L’ONU met en avant le potentiel de millions d’emplois, un accès élargi à l’énergie propre et une amélioration significative du niveau de vie pour les populations du continent. À Addis-Abeba, le secrétaire exécutif d’ONU Climat, Simon Stiell, a exhorté les gouvernements à présenter des stratégies ambitieuses, soulignant que ces feuilles de route ne relèvent pas uniquement de l’environnement mais représentent de véritables plans directeurs pour renforcer les économies africaines.
Stiell a insisté sur la nécessité de voir dans les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) un levier de transformation économique. « L’Afrique n’est pas seulement vulnérable face aux catastrophes climatiques ; elle est aussi une source d’innovations et de solutions », a-t-il déclaré. Selon lui, l’élaboration de nouveaux plans solides pourrait transformer ce potentiel en résultats concrets, notamment en créant des millions d’emplois verts, en attirant des investissements et en favorisant l’émergence de nouvelles industries.
De nombreux pays commencent déjà à démontrer les bénéfices de ces engagements. En Afrique du Sud, le processus de CDN repose sur une transition énergétique dite « juste », qui accompagne les travailleurs et les communautés dans la sortie progressive du charbon. Un partenariat international de plus de 11 milliards de dollars soutient cette mutation vers les énergies renouvelables, garantissant sécurité énergétique et emploi. Au Nigeria, la transition verte est pensée comme un outil global : elle combine lutte contre la pauvreté, création d’emplois et amélioration de l’accès à l’électricité, un enjeu vital pour les 85 millions de personnes encore privées d’énergie. Le développement du solaire à grande échelle devrait générer près de 34 000 emplois directs d’ici 2030, tandis que des milliers de jeunes sont déjà employés comme « agents de l’énergie » dans le secteur du micro-solaire. Avec une population qui dépassera 400 millions d’habitants d’ici 2050 et un PIB supérieur à 470 milliards de dollars, le Nigeria pourrait devenir un moteur continental de la transition verte.
Le Maroc s’impose pour sa part comme un modèle régional grâce à son complexe solaire de Ouarzazate, l’un des plus vastes au monde, qui illustre la manière dont une ambition nationale peut être traduite en énergie propre à grande échelle. À travers ce type d’initiatives, l’Afrique confirme sa capacité à conjuguer croissance et durabilité, tout en renforçant sa position sur les marchés mondiaux des énergies renouvelables.
L’élan politique et institutionnel s’accélère également. Le second Sommet africain sur le climat, tenu à Addis-Abeba, a placé l’action climatique au cœur du développement et de l’investissement. La Déclaration de Nairobi de 2023 avait déjà affirmé la volonté des pays africains de se positionner comme moteurs de solutions globales. Ces dynamiques s’articulent avec d’autres initiatives, comme la Zone de libre-échange continentale africaine, qui pourrait permettre de bâtir des chaînes d’approvisionnement régionales robustes et de renforcer les exportations de biens et services verts.
La question du financement demeure toutefois cruciale. L’Afrique et les pays en développement rappellent que les engagements financiers internationaux doivent être respectés. L’accord conclu lors de la COP 29 en Azerbaïdjan a fixé l’objectif de tripler le financement climatique mondial pour atteindre 300 milliards de dollars par an. Une nouvelle feuille de route attendue à la COP 30 au Brésil devra porter ce montant à 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, afin de transformer les ambitions en résultats tangibles. Pour les dirigeants africains, ces flux financiers ne constituent pas une aide mais un investissement dans une prospérité partagée, essentielle pour renforcer la résilience des économies et protéger des millions de vies.
En multipliant les exemples positifs, du complexe solaire de Ouarzazate à la Grande Muraille Verte du Sahel, en passant par la restauration des mangroves au Nigeria, le continent démontre que l’action climatique peut se traduire par des bénéfices concrets. Si chaque pays présente un plan ambitieux, l’Afrique ne sera plus seulement un territoire frappé par les crises climatiques mais un acteur incontournable de la transition mondiale vers un avenir bas-carbone et inclusif.

