Alors que l’Aïd al-Adha sera célébré ce 7 juin au Maroc, l’absence de sacrifice rituel transforme profondément les comportements alimentaires des ménages. Une conséquence directe : les prix du poulet s’envolent, atteignant jusqu’à 23 dirhams le kilo contre 17 dirhams il y a quelques semaines.
Cette hausse soudaine s’explique par une modification brutale des habitudes de consommation. En temps normal, la fête est marquée par l’abattage d’un mouton ou d’une chèvre. Mais cette année, l’annulation de ce rituel, décidée pour préserver un cheptel en difficulté a redirigé les consommateurs vers d’autres sources de protéines, dont la volaille devient l’alternative de référence.
Les professionnels du secteur, à l’image de l’Association nationale des éleveurs de volailles, constatent une flambée de la demande. « Nous enregistrons une hausse nette des prix de détail, comprise entre 21 et 23 dirhams. Ce niveau est inhabituel pour cette période », indiquent-ils. Ce revirement a surpris la chaîne de production, peu préparée à une telle pression sur les stocks disponibles.
Parallèlement, les difficultés rencontrées par les éleveurs ovins, notamment en raison de la sécheresse et de la fragilité du cheptel, accentuent la rareté de l’offre traditionnelle. Privés de viande de sacrifice, certains foyers optent pour le poisson ou les produits avicoles, espérant ainsi maintenir les saveurs festives malgré le contexte.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages de frustration et de crainte se multiplient. Beaucoup s’inquiètent de la hausse des prix et de l’éventualité d’une pénurie. Habituellement, les boucheries ferment après l’Aïd, laissant place à l’abondance de viande conservée. Cette année, la donne est inversée : les étals restent ouverts et la volaille devient le produit phare de la période.
Dans ce climat tendu, le souverain marocain, le roi Mohammed VI, a tenu à rappeler que la valeur spirituelle de l’Aïd ne se limite pas à l’acte sacrificiel. Il a souligné l’importance du recueillement, de la prière et du partage familial, en réaffirmant que l’essence de cette fête réside avant tout dans les liens sociaux et spirituels qu’elle renforce.
Du côté des professionnels, l’heure est à la réflexion. Cette situation inédite pourrait servir de déclencheur pour repenser l’organisation de la filière avicole et mieux anticiper les fluctuations imprévues. Un appel à la modération est lancé aux consommateurs, afin d’éviter les achats impulsifs qui pourraient déséquilibrer davantage le marché.
À l’épreuve de cette fête sans sacrifice, c’est tout un pan de la tradition culinaire et sociale marocaine qui se réinvente, entre résilience économique et adaptation collective.

