La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB/BAII) ouvre un nouveau chapitre de sa coopération avec le Maroc. L’institution multilatérale a signé, le 29 janvier 2026, un financement souverain de 200 millions de dollars destiné à soutenir la mise en œuvre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) actualisée du Royaume. Il s’agit de la toute première opération souveraine de la banque dans le pays, menée en cofinancement avec la Banque mondiale.
Ce soutien financier vise à accélérer des actions concrètes d’atténuation et d’adaptation face au changement climatique. L’opération, baptisée « Opération Climat Maroc – Programme d’appui à la CDN », cible en priorité la résilience des territoires et des populations les plus exposés. Sécheresses à répétition, stress hydrique aigu, désertification et multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes pèsent déjà sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et les équilibres écologiques. Les zones rurales, oasiennes et arides figurent parmi les plus vulnérables, alors même qu’elles abritent des écosystèmes clés comme les palmeraies et les arganeraies, essentiels pour la régulation de l’eau et la séquestration du carbone.
Le programme s’inscrit dans la trajectoire climatique que s’est fixée le Maroc, avec un objectif de réduction de 53 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035. Les solutions fondées sur la nature occupent une place centrale dans cette stratégie. Les autorités ont structuré un dispositif mobilisant plusieurs institutions publiques afin de transformer les engagements climatiques en réalisations mesurables sur le terrain.
Concrètement, le financement soutiendra l’extension des systèmes d’observation climatique, notamment par l’installation de nouveaux radars météorologiques destinés à affiner les alertes précoces face aux inondations, aux vagues de chaleur et aux épisodes de sécheresse. Il appuiera aussi la remise en état de systèmes d’irrigation gravitaire traditionnels, comme les khettaras et les seguias, encore largement utilisés dans l’agriculture oasienne à faible consommation énergétique. À cela s’ajoute la réhabilitation de terres dégradées grâce à des plantations d’espèces adaptées aux conditions climatiques locales, dont l’arganier, l’olivier, le caroubier, le cactus ou l’amandier.
L’initiative vient compléter un financement de 350 millions de dollars déjà engagé par la Banque mondiale sous forme de financement axé sur les résultats (Program-for-Results), actif depuis janvier 2024 et courant jusqu’en 2029. L’approche privilégie des décaissements liés à l’atteinte de résultats vérifiables, avec des dispositifs de suivi et d’évaluation renforcés.
Pour l’AIIB, cette opération illustre l’intérêt de partenariats coordonnés avec les bailleurs multilatéraux et les autorités nationales. Konstantin Limitovskiy, responsable au sein de la banque pour les investissements clients et le secteur public, souligne que ce mécanisme permet d’obtenir à la fois des gains en matière d’atténuation des émissions et d’adaptation, avec des retombées directes pour les territoires.
Du côté marocain, le ministère de l’Économie et des Finances voit dans ce financement un levier pour structurer davantage le cadre national de financement climatique. Youssef Farhat, directeur adjoint au ministère, met en avant la possibilité de mobiliser des investissements concrets au profit de la résilience climatique, de la protection des écosystèmes stratégiques et de l’appui aux populations vulnérables, tout en assurant une coordination étroite entre administrations.
Au-delà de la dimension environnementale, le programme comporte un volet économique. Le soutien aux coopératives agricoles et aux unités de transformation doit renforcer les chaînes de valeur locales, réduire les pertes post-récolte et créer des emplois en milieu rural. Une meilleure valorisation des sous-produits agricoles peut aussi limiter certaines émissions et améliorer les revenus des producteurs.
Créée en 2016, l’AIIB compte aujourd’hui 111 membres et dispose d’un capital autorisé de 100 milliards de dollars. Notée AAA par les grandes agences internationales, elle finance des infrastructures et des projets productifs avec un accent marqué sur la durabilité. Son entrée au Maroc pose les jalons d’une coopération appelée à s’élargir, dans un contexte où le financement climatique devient un enjeu stratégique pour de nombreux pays.
Pour le Royaume, ce partenariat apporte des ressources supplémentaires et une reconnaissance internationale de sa stratégie climatique. Pour la banque, il offre un terrain d’application à grande échelle de financements liés aux résultats. À terme, les autorités misent sur des impacts mesurables en matière d’eau, de biodiversité, de carbone et de développement rural.

