Un petit appareil d’une valeur de 150 dollars pourrait bouleverser l’approche de la maladie d’Alzheimer. Des chercheurs américains explorent une voie inattendue : l’utilisation d’ultrasons de faible intensité pour consolider des structures microscopiques à l’intérieur des neurones, appelées microtubules. Leur objectif : freiner, voire inverser, les troubles de mémoire associés à cette pathologie.
Le Dr Stuart Hameroff, anesthésiste et chercheur, avance que les pertes cognitives observées chez les patients ne seraient pas uniquement liées aux célèbres plaques amyloïdes. Il pointe plutôt la désagrégation des microtubules, véritables « os des cellules nerveuses ». Ces fins cylindres protéiques, présents par dizaines de milliers dans chaque neurone, assurent la stabilité cellulaire mais aussi la transmission électrique interne. Lorsqu’ils se désintègrent, les neurones se rétractent, leurs connexions se brisent et les souvenirs s’effacent.
Au cœur de ce processus se trouve la protéine Tau, chargée de maintenir la cohésion des microtubules. Or, chez les personnes atteintes d’Alzheimer, cette protéine se détache et s’agglutine en amas appelés enchevêtrements neurofibrillaires, observés à l’autopsie comme des signatures de la maladie. Le phénomène fragilise le cytosquelette neuronal et précipite le déclin cognitif.
Face à une recherche longtemps centrée sur les plaques amyloïdes – dont l’implication directe dans la maladie reste controversée – cette piste relance l’espoir. Les ultrasons semblent stimuler la réorganisation des microtubules et restaurer, au moins partiellement, leur fonctionnement. « Nous n’affirmons pas soigner Alzheimer, précise le Dr Hameroff. Nous traitons les troubles de mémoire, et nous appelons cela un massage cérébral par ultrasons. »
Cet appareil portatif, simple d’utilisation et accessible financièrement, pourrait ouvrir une nouvelle ère dans la prise en charge de la maladie. Pour l’heure, les chercheurs restent prudents et rappellent que des essais cliniques rigoureux seront nécessaires avant toute mise à disposition au grand public. Mais l’idée d’un traitement non invasif, complémentaire aux thérapies médicamenteuses, suscite déjà un vif intérêt.
Alors que plus de 55 millions de personnes dans le monde vivent aujourd’hui avec une forme de démence, dont Alzheimer représente la majorité, l’enjeu est immense. Si ces travaux se confirment, ce « massage cérébral » pourrait transformer la vie quotidienne de millions de familles et redonner un peu d’espoir face à une maladie qui reste, jusqu’ici, incurable.

