Pour la première fois de son histoire, l’armée israélienne a publié des données officielles sur les militaires possédant une double ou triple nationalité. Ces informations ont été rendues publiques à la suite d’une demande d’accès à l’information déposée par une organisation israélienne de la société civile.
Les chiffres dévoilés font état de 50 632 soldats disposant d’une nationalité étrangère en plus de la citoyenneté israélienne. Parmi eux, 4 440 détiennent deux nationalités supplémentaires et 162 en cumulent trois. Cette cartographie inédite des origines met en lumière l’ampleur internationale du recrutement au sein des forces armées.
Les États-Unis arrivent en tête avec 12 135 soldats concernés, suivis par la France (6 100) et la Russie (5 000). D’autres pays européens figurent également dans la liste, notamment l’Allemagne, l’Ukraine, le Royaume-Uni, la Roumanie et la Pologne, ainsi que des États d’Amérique latine et le Canada.

Mais c’est la présence de ressortissants issus de pays arabes et musulmans qui retient particulièrement l’attention. Si les chiffres demeurent limités, ils n’en restent pas moins significatifs : 112 soldats possèdent la nationalité turque, 14 la nationalité yéménite, dont certains cumulent plusieurs nationalités liées au Yémen. Quinze soldats sont d’origine tunisienne, quatre détiennent la nationalité libanaise, trois la syrienne. Et un soldat est enregistré comme titulaire de la nationalité algérienne, une donnée qui constitue l’une des grandes surprises de cette publication.
Les explications avancées s’inscrivent dans une perspective historique. La présence de certaines nationalités arabes ou musulmanes s’explique par les vagues migratoires successives de communautés juives vers Israël au fil du XXe siècle. En Turquie, une partie de la population juive a émigré après la création de l’État d’Israël en 1948. Au Yémen, les départs massifs ont eu lieu entre 1949 et 1951. En Tunisie, les migrations se sont accélérées après l’indépendance de 1956 et les tensions régionales consécutives aux conflits israélo-arabes.
En Algérie, la majorité des juifs a quitté le pays après l’indépendance pour rejoindre la France, mais plusieurs dizaines de milliers ont également émigré vers Israël. Quant au Liban, une part importante des Libanais installés en Israël provient de l’ancien « Armée du Liban Sud », alliée d’Israël jusqu’au retrait de 2000.
La publication de ces données intervient dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, ce qui alimente les débats sur la participation éventuelle de ces soldats binationaux aux opérations militaires. La question suscite des réactions à l’étranger, notamment au Canada, où des initiatives citoyennes cherchent à identifier les ressortissants canadiens engagés dans l’armée israélienne afin d’interpeller les autorités sur le cadre juridique de ce type d’engagement.
Au-delà des chiffres, cette révélation éclaire la dimension transnationale des forces armées israéliennes. Elle soulève également des interrogations politiques et éthiques sur l’engagement de citoyens disposant d’autres nationalités dans des conflits régionaux aux répercussions internationales. La présence d’un soldat détenteur de la nationalité algérienne, en particulier, illustre la complexité des trajectoires migratoires et identitaires qui traversent l’histoire contemporaine du Moyen-Orient et du Maghreb.

