À Rabat, les pouvoirs publics franchissent une nouvelle étape dans la structuration du capital humain dans l’artisanat. Une convention de partenariat a été signée, lundi 13 avril, pour renforcer l’alphabétisation fonctionnelle des artisans et mieux articuler formation de base et apprentissage métier.
Conclu entre le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire et l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA), cet accord repose sur une approche intégrée : permettre aux artisans d’acquérir les fondamentaux : lecture, écriture, calcul – tout en poursuivant un parcours professionnalisant. L’objectif est clair : faire de l’alphabétisation un levier direct d’employabilité et de montée en compétences.
Au-delà de la dimension pédagogique, l’enjeu est aussi sectoriel. Les autorités entendent structurer une nouvelle génération d’artisans capables non seulement de produire, mais aussi de transmettre leur savoir-faire. Une orientation qui s’inscrit dans la volonté de préserver les métiers traditionnels tout en les adaptant aux exigences contemporaines, notamment en matière de gestion et de compétitivité.
Pour Lahcen Essaâdi, secrétaire d’État en charge du secteur, cette initiative marque un tournant dans la lutte contre l’analphabétisme, désormais pensée comme un investissement stratégique dans le capital humain. Entre 2014 et 2025, plus de 96.000 artisans ont déjà bénéficié de programmes similaires, signe d’un chantier engagé sur le long terme.
Du côté de l’ANLCA, l’accent est mis sur la cohérence des politiques publiques et la nécessité de relier alphabétisation et insertion économique. Le dispositif vise ainsi à dépasser une logique purement éducative pour intégrer des compétences liées à l’entrepreneuriat et à la gestion d’activité. Une orientation alignée avec la Stratégie nationale d’alphabétisation 2023-2035.
Concrètement, le programme cible environ 3.000 bénéficiaires par an sur les cinq dernières années, pour un budget global estimé à 15 millions de dirhams. Une enveloppe qui traduit une montée en puissance progressive, dans un secteur où la qualification reste un défi structurel.
En toile de fond, c’est toute la question de la modernisation de l’artisanat marocain qui se pose. Entre transmission des savoirs, insertion économique et montée en compétences, l’équation reste délicate : comment professionnaliser sans dénaturer un patrimoine vivant ?

