L’écriture scénaristique n’a jamais été le point fort du cinéma marocain. Nombre de films produits ces dernières années souffrent d’un déficit narratif criant : intrigues convenues, dialogues sans relief, personnages stéréotypés. Au-delà des moyens techniques ou financiers, c’est bien souvent le scénario qui trahit la fragilité de l’ensemble. Or, un nouvel acteur est venu bouleverser ce paysage déjà fragile : l’intelligence artificielle.
Depuis quelque temps, producteurs et chaînes de télévision se voient proposer des projets rédigés non pas par des scénaristes confirmés, mais par des logiciels de génération de texte. ChatGPT, pour ne citer que lui, est désormais sollicité par certains auteurs pressés ou en panne d’inspiration. Le phénomène, s’il reste difficile à quantifier, alarme plus d’un professionnel : nombre de ces textes, souvent livrés tels quels, n’ont même pas été relus par leurs commanditaires avant d’atterrir sur le bureau d’un producteur.
Le paradoxe est cruel : là où l’on attendait un sursaut créatif, le recours à l’IA accentue l’impression d’un cinéma qui manque de souffle. Le scénario, qui devrait être le socle de toute œuvre, devient une simple formalité. Pourtant, la question mérite d’être posée : et si l’intelligence artificielle, malgré ses limites actuelles, parvenait à faire mieux que certains scénaristes humains ? Après tout, elle sait construire des structures narratives cohérentes, poser des rebondissements au bon moment et générer des dialogues convenables.
Le danger, évidemment, réside dans l’uniformisation. Un scénario, aussi bien écrit soit-il par une machine, restera privé de ce supplément d’âme qui fait vibrer une histoire. La sensibilité culturelle, le vécu intime, la singularité des regards : voilà ce que l’IA peine encore à restituer. Mais si les scénaristes humains n’investissent pas sérieusement ce champ, le risque est grand de voir les producteurs céder à la facilité technologique.
Le débat est désormais ouvert. Entre paresse créative et véritable mutation des pratiques, l’avenir du scénario marocain se joue peut-être dans ce face-à-face inédit entre plume humaine et algorithme. Reste à savoir qui saura convaincre le spectateur, seul véritable juge de cette confrontation.


