Selon le cabinet Oliver Wyman, le Royaume devient la nouvelle référence mondiale en matière de compétitivité industrielle
Le Maroc s’impose désormais comme l’un des territoires les plus compétitifs au monde dans l’industrie automobile. D’après une étude du cabinet international Oliver Wyman, produire un véhicule dans le Royaume coûte en moyenne 273 dollars de main-d’œuvre, contre 597 dollars en Chine et 1.341 dollars aux États-Unis. Un différentiel qui repositionne le pays au cœur des stratégies mondiales des constructeurs, notamment européens, en quête d’un nouvel équilibre entre coût, productivité et complexité industrielle
Basé sur l’analyse de plus de 250 usines dans le monde, le rapport évalue le coût de main-d’œuvre par véhicule en intégrant salaires, productivité et stratégies de sourcing. Cet indicateur, qui pèse jusqu’à 70 % du coût total de production, devient central dans un contexte de ralentissement des ventes, de pression tarifaire et d’incertitudes géopolitiques
Le Maroc, nouveau hub du low-cost intelligent
Longtemps dominé par la Chine, le segment des pays à bas coûts se redessine. Le Maroc, avec la Roumanie (305 dollars) et le Mexique (414 dollars), s’impose désormais comme un nouvel eldorado industriel. Pour les constructeurs français, le Royaume est devenu ce que le Mexique représente pour les géants américains : une base stratégique à proximité du marché d’origine, garantissant prix compétitifs et qualité maîtrisée
Les sites de Kénitra et Tanger incarnent cette réussite. Bâties selon des standards greenfield, ces usines affichent une productivité élevée et une faible complexité produit, ce qui réduit les heures d’ingénierie par véhicule et optimise les flux. Moins de motorisations, moins de variantes, moins de pièces indépendantes : un modèle d’efficacité qui séduit les constructeurs généralistes
La compétitivité marocaine repose sur plusieurs piliers : coûts salariaux maîtrisés, stabilité macroéconomique, main-d’œuvre qualifiée et infrastructures logistiques en expansion. Le pays bénéficie également de sa proximité géographique avec l’Europe, atout majeur dans un contexte de reconfiguration post-Covid des chaînes d’approvisionnement. L’instabilité mondiale incite de plus en plus d’industriels à privilégier le nearshoring, au profit du Maroc et d’autres pays méditerranéens
L’Europe en quête de rééquilibrage
À l’inverse, les constructeurs premium européens peinent à contenir leurs coûts. En Allemagne, certaines usines dépassent 3.300 dollars de main-d’œuvre par véhicule, sous l’effet conjugué des réglementations strictes, d’une ingénierie complexe et de syndicats puissants. Cette sophistication industrielle, autrefois synonyme d’excellence, devient aujourd’hui un fardeau dans un marché où les marges se réduisent
Les constructeurs 100 % électriques comme Tesla ou Rivian n’échappent pas à la pression : malgré l’absence de syndicats, leur productivité reste faible, avec un coût moyen de 1.660 dollars par véhicule. Certaines usines dépassent même les 13.000 dollars, un niveau jugé insoutenable sans subventions publiques, des aides appelées à diminuer, notamment aux États-Unis
Le rôle stratégique des DRH industriels
Dans ce nouveau paysage, les directions des ressources humaines deviennent des acteurs clés de la compétitivité. Optimiser les coûts ne se limite plus à la maîtrise salariale : il s’agit désormais d’agir sur la formation continue, la digitalisation des processus, la maintenance prédictive ou encore la simplification du design produit. L’étude d’Oliver Wyman estime que les constructeurs européens devraient ramener leur coût de main-d’œuvre à 1.500 dollars par véhicule, soit une baisse de près d’un tiers, pour rester dans la course
En Chine, où les coûts sont déjà bas, l’enjeu se déplace vers la qualité et la fiabilité, conditions nécessaires pour s’imposer sur les marchés européens et nord-américains. Une stratégie que les constructeurs sud-coréens, à l’image de Hyundai et Kia, ont brillamment réussie il y a une décennie, devenant aujourd’hui le troisième groupe automobile mondial
Le Maroc, un modèle en construction
Pour le Royaume, cette position avantageuse ouvre une nouvelle ère. Le défi ne sera pas seulement de rester compétitif, mais d’accompagner la montée en valeur du secteur : formation, innovation, transition énergétique et mobilité durable seront les clés pour transformer cet avantage de coût en leadership industriel durable
À l’heure où les constructeurs cherchent à concilier performance économique et souveraineté industrielle, le Maroc apparaît plus que jamais comme le nouveau point d’équilibre entre coût, qualité et proximité, un modèle de compétitivité maîtrisée que l’industrie mondiale observe désormais de très près.

