Face à l’alternance de sécheresses prolongées et d’épisodes pluvieux extrêmes, le Maroc accélère la mise en place des « autoroutes de l’eau », un dispositif stratégique destiné à renforcer la sécurité hydrique nationale. Ce modèle repose sur l’interconnexion des bassins hydrauliques afin de transférer l’eau des zones excédentaires vers celles confrontées à un stress hydrique structurel, tout en sécurisant l’alimentation en eau potable et l’activité agricole.
Invité de l’émission « Décryptage » sur Radio MFM, le ministre de l’équipement et de l’eau, Nizar Baraka, a détaillé les avancées de cette stratégie dans un contexte marqué par des crues exceptionnelles, notamment dans le nord et le centre du pays. Ces événements ont mis en évidence la nécessité d’une gestion hydraulique en temps réel et d’une adaptation rapide aux nouvelles réalités climatiques.
Le cœur de cette politique repose sur les grands projets d’interconnexion. Le raccordement entre les bassins du Sebou et du Bouregreg a déjà permis d’éviter des pénuries d’eau dans la région de Casablanca grâce au transfert de près d’un milliard de mètres cubes. Une nouvelle étape est prévue avec le lancement, fin 2026, du projet de liaison entre les bassins du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia, doté d’une capacité pouvant atteindre 800 millions de mètres cubes par an. Cette extension illustre la logique des « autoroutes de l’eau », conçues pour redistribuer la ressource à l’échelle nationale et réduire les disparités territoriales.
En parallèle, le Royaume accélère la construction de barrages et d’ouvrages de stockage. Huit grands barrages ont été achevés récemment, tandis que des projets structurants, comme le barrage de Tamri près d’Agadir, voient leurs délais raccourcis. À l’échelle locale, des dizaines de barrages collinaires viennent compléter ce dispositif afin de limiter les risques d’inondation et de renforcer les réserves rurales.
Le dessalement de l’eau de mer constitue le troisième pilier de cette stratégie. De nouvelles stations doivent entrer en service pour alimenter plusieurs grandes villes, avec pour objectif de sécuriser durablement l’eau potable tout en préservant les ressources conventionnelles pour l’agriculture. Cette approche intégrée s’inscrit dans une vision de long terme, matérialisée par la préparation d’un plan national de l’eau à l’horizon 2050.
En combinant interconnexion hydraulique, multiplication des infrastructures et montée en puissance du dessalement, les « autoroutes de l’eau » traduisent un changement de paradigme. Le Maroc passe d’une gestion conjoncturelle des crises hydriques à une planification structurelle, pensée pour renforcer la résilience du pays face aux dérèglements climatiques.

