La filière avicole au Maroc traverse une période d’instabilité préoccupante. Confrontés à une chaleur étouffante dès le début de la saison estivale, de nombreux éleveurs sont contraints de revoir leur mode de production. L’impact des vagues de chaleur, de plus en plus longues et imprévisibles, bouleverse l’équilibre du marché et met en difficulté les élevages insuffisamment équipés pour faire face à ces conditions extrêmes.
Depuis plusieurs semaines, la température ambiante dépasse les seuils supportables pour les volailles. Cette situation, amplifiée par le vent chaud venu du désert, provoque des pertes considérables dans les exploitations mal ventilées. Les éleveurs les plus vulnérables, souvent installés dans des zones intérieures ou dans des bâtiments obsolètes, ont été les premiers touchés. Nombre d’entre eux ont dû anticiper la vente de leurs lots, parfois à perte, pour éviter le pire.
Cette précipitation a d’abord inondé le marché, faisant chuter les prix de manière temporaire. Mais le répit fut de courte durée : avec la baisse de l’offre, les prix ont rapidement grimpé. La demande saisonnière — accentuée par les retours familiaux, les festivités et la hausse du tourisme — exerce une pression supplémentaire sur une production déjà affaiblie.
Outre les conditions climatiques, la filière doit également composer avec une dépendance aux matières premières importées pour l’alimentation animale. Le coût du maïs et du soja, très fluctuant à l’échelle mondiale, pèse lourdement sur les charges d’exploitation. Ce double facteur — climatique et économique — rend la gestion des élevages de plus en plus complexe, notamment pour les petites structures.
Face à cette réalité, les professionnels du secteur appellent à un changement de cap. L’amélioration des conditions d’élevage devient une priorité. La modernisation des installations, la diffusion de technologies de régulation thermique et une meilleure anticipation des épisodes de chaleur sont autant de leviers évoqués pour préserver la rentabilité et la stabilité du secteur.
L’aviculture représente un maillon essentiel de la chaîne agroalimentaire nationale. Elle est l’un des rares secteurs agricoles à avoir maintenu sa dynamique malgré les nombreux aléas. Mais les déséquilibres induits par les caprices du climat pourraient remettre en question les ambitions du Maroc, notamment en matière de souveraineté alimentaire et d’ouverture vers de nouveaux marchés, notamment africains.
Sans une adaptation rapide et coordonnée, la filière risque de s’enliser dans un cycle de vulnérabilité chronique. Les investissements dans les équipements de refroidissement, la sécurisation des approvisionnements en intrants, et la structuration du marché deviennent des impératifs pour maintenir la résilience d’un secteur qui nourrit, emploie et exporte.


