Malgré un excédent commercial avec le continent africain estimé à 7,2 milliards de dirhams en 2024, la balance commerciale globale du Maroc s’est davantage creusée cette année. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Office des Changes, qui dresse un bilan contrasté des échanges extérieurs du Royaume. Le déficit global s’élève désormais à 304,9 milliards de dirhams, soit une progression de 6,8 % par rapport à l’année précédente.
Le recul de l’excédent commercial avec l’Afrique, qui s’élevait à 12,6 milliards de dirhams en 2023, s’explique principalement par la détérioration des soldes avec certains pays clés. L’aggravation du déficit avec l’Égypte de 3 milliards de dirhams, conjuguée à la baisse des excédents avec la Côte d’Ivoire (–1,5 milliard de dirhams) et Djibouti (–1,3 milliard de dirhams), a sensiblement pesé sur l’évolution des flux Sud-Sud.
Dans le même temps, le commerce avec d’autres régions du monde a contribué à l’élargissement du déficit. En Asie, le solde commercial s’est nettement détérioré, atteignant un déficit de 152,5 milliards de dirhams. Cette dégradation est en grande partie imputable à la Chine, avec laquelle le déséquilibre s’est alourdi de 13,8 milliards de dirhams, en raison d’une flambée des importations (+14,2 milliards de dirhams) face à une faible progression des exportations marocaines (+448 millions de dirhams).
La situation n’est guère plus favorable avec le continent américain. Le déficit commercial avec cette zone a progressé de 4,9 milliards de dirhams, pour culminer à 66,5 milliards de dirhams en 2024. Là encore, les États-Unis concentrent l’essentiel de cette hausse, avec un déficit aggravé de 9,4 milliards de dirhams, lié à une augmentation significative des importations (+10,5 milliards de dirhams).
Sur le plan européen, les indicateurs montrent une légère amélioration du solde, sans pour autant inverser la tendance déficitaire : le Maroc enregistre un déficit de 103,2 milliards de dirhams avec l’Europe. Quelques signaux encourageants émergent néanmoins, à l’image de l’excédent vis-à-vis de la France qui s’est accru de 4 milliards de dirhams. La situation avec la Lituanie est également notable : le solde est passé d’un déficit de 3,2 milliards à un excédent de 82 millions de dirhams.
L’évolution globale des échanges commerciaux marocains témoigne d’une dynamique croissante en 2024, avec une hausse de 6,3 % des flux par rapport à 2023. Cependant, cette progression s’est faite au prix d’un déséquilibre accru, les importations atteignant 761,3 milliards de dirhams (+6,4 %), contre 456,3 milliards pour les exportations (+6,1 %). Le taux de couverture des importations par les exportations s’est ainsi contracté, passant à 59,9 %, tandis que le déficit pèse désormais pour 19,9 % du PIB, en hausse de 0,4 point.
Certains indicateurs présentent toutefois une amélioration, à commencer par l’effort d’exportation qui a progressé à 29,7 % du PIB. Le taux de pénétration des importations s’est également accru à 41,4 %, traduisant une dépendance croissante du tissu économique national aux produits étrangers. Le taux de dépendance commerciale a lui aussi grimpé à 39,7 %.
Du côté des catégories de produits, les résultats sont mitigés. Les produits alimentaires et les demi-produits affichent un meilleur taux de couverture, en hausse de 2,7 points. Les produits énergétiques suivent cette tendance (+0,2 point), mais les produits bruts, les biens d’équipement et les produits finis de consommation enregistrent des reculs, respectivement de 6 %, 3,8 % et 4,9 %.
Ces données illustrent les défis structurels du commerce extérieur marocain, tiraillé entre ambitions d’intégration régionale et contraintes liées à la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux. Alors que les échanges avec l’Afrique et l’Océanie laissent entrevoir un potentiel à renforcer, le poids des importations asiatiques et américaines continue de déséquilibrer la balance. Le Maroc devra poursuivre ses efforts de diversification de ses exportations et d’industrialisation pour inverser durablement cette tendance.

