À fin 2024, le paysage bancaire marocain témoigne d’une dynamique contrastée. Bank Al-Maghrib dénombre en effet plus de 38 millions de comptes ouverts, soit une progression de 5,2 % sur un an. Cette hausse globale traduit une expansion soutenue du recours aux services bancaires, mais cache une réalité moins optimiste : le nombre de nouvelles ouvertures de comptes a reculé de 6,1 % par rapport à 2023, passant de 3,3 millions à 3,1 millions.
Les comptes chèques continuent de dominer largement, représentant près des deux tiers du total avec 24,3 millions d’unités. Les comptes sur carnet suivent avec 11,3 millions, soit 30 %, tandis que les comptes courants restent minoritaires, avec 1,8 million, soit seulement 5 % du total. Les comptes en devises étrangères demeurent marginaux, à peine 124.000, dont 76 % en euros, reflétant une certaine prudence ou une moindre demande dans ce segment.
Si le rythme des nouvelles inscriptions ralentit, le nombre de détenteurs de comptes reste robuste. Au total, 19,1 millions de personnes physiques et morales possèdent au moins un compte bancaire, dont une écrasante majorité de 18,5 millions de particuliers. Parmi eux, la répartition par genre montre une prépondérance masculine (61 %) face à 39 % de femmes, traduisant encore un déséquilibre persistant dans l’accès aux services financiers. L’âge des titulaires reflète également la structure démographique : les plus de 60 ans sont les plus nombreux avec 4,3 millions, suivis des 35–45 ans (3,8 millions) et des moins de 25 ans (1,8 million).
Un constat encourageant ressort toutefois chez les jeunes. En 2024, près de 884.000 personnes ont ouvert un compte pour la première fois, un chiffre en légère progression par rapport à l’année précédente. Plus de la moitié de ces nouveaux venus ont moins de 25 ans, tandis que près d’un quart ont moins de 20 ans. Cette jeunesse grandissante dans le système bancaire contribue à un taux de bancarisation en hausse, porté également par une meilleure prise en compte statistique issue du dernier Recensement Général de la Population. Ce taux de détention des comptes actifs s’établit désormais à 58 %, contre 54 % en 2023, sur une population adulte recalculée à 26,8 millions.
Cette progression est plus marquée chez les hommes, dont le taux de détention atteint 70 %, tandis que chez les femmes, il progresse à 46 %, témoignant d’un progrès, même si la marge reste importante. Les jeunes hommes entre 25 et 30 ans affichent un taux de détention particulièrement élevé, culminant à 82 %, alors que chez les femmes âgées de plus de 60 ans, il reste à 56 %.
Le panorama bancaire marocain reflète donc un système en croissance, mais aussi des défis à relever, notamment en matière d’inclusion et de renouvellement du parc de comptes. Si les chiffres montrent une bancarisation croissante, surtout chez les jeunes, le ralentissement des nouvelles ouvertures suggère qu’il faudra encore mobiliser des efforts pour convaincre davantage de personnes à franchir le pas de la banque.

