Le secteur bancaire marocain a confirmé sa solidité en 2025, avec une progression de 6,5% du crédit bancaire, une hausse de 7,6% des dépôts de la clientèle et une amélioration de la rentabilité des banques conventionnelles. C’est ce qui ressort de la 22e édition du rapport annuel sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib (BAM), présentée mardi 21 juillet à Casablanca. La Banque centrale met également en avant des niveaux de solvabilité supérieurs aux exigences réglementaires, tout en appelant les établissements à la prudence dans la distribution des dividendes.
Une activité bancaire soutenue par une croissance économique de 4,9%
L’année 2025 s’est déroulée dans un contexte international marqué par les incertitudes liées notamment aux politiques tarifaires américaines et aux tensions géopolitiques. Malgré cet environnement, l’économie marocaine a enregistré une croissance de 4,9%, soutenue par la dynamique des investissements dans les infrastructures économiques et sociales. Dans le même temps, l’inflation est restée contenue, avec une moyenne de 0,8%.
Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur de 25 points de base en mars 2025, à 2,25%, avant de le maintenir à ce niveau jusqu’à la fin de l’année. La Banque centrale a également continué à répondre aux besoins de liquidité des établissements bancaires et à renforcer ses actions en faveur de l’accès des très petites entreprises au financement.
Le crédit bancaire a ainsi progressé de 6,5%, tandis que les dépôts collectés auprès de la clientèle ont augmenté de 7,6%. Le taux des créances en souffrance s’est établi à 8,3% sur base sociale et à 8,8% sur base consolidée, en amélioration de 12 et 18 points de base respectivement par rapport à 2024.
Des banques mieux capitalisées et des résultats en hausse
Le bilan de BAM fait ressortir une amélioration des performances financières du secteur. Les résultats cumulés des banques conventionnelles ont progressé de 22% en 2025. Les banques participatives, dont la rentabilité est devenue positive depuis 2023, ont également poursuivi leur amélioration.
La solidité financière du secteur reste par ailleurs confortée par des ratios prudentiels supérieurs aux seuils réglementaires. Le ratio moyen de solvabilité s’est établi à 16,1%, contre un minimum réglementaire de 12%, tandis que le ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 a atteint 13,5%, pour un minimum de 9%. Le ratio de liquidité à court terme est, lui aussi, resté à un niveau jugé confortable.
Cette situation n’empêche pas Bank Al-Maghrib de maintenir une ligne de prudence. Pour préserver la résilience du système bancaire, la Banque centrale a renouvelé son appel à la modération concernant la distribution des dividendes au titre de l’exercice 2025.
Les risques climatiques et cyber au cœur de la supervision bancaire
La supervision de BAM ne se limite plus aux risques bancaires traditionnels. Le changement climatique, la cybersécurité et les risques associés à la digitalisation occupent désormais une place croissante dans le dispositif de surveillance.
La Banque centrale a ainsi renforcé son cadre réglementaire concernant la publication d’informations sur les risques climatiques et la collecte de données relatives à l’exposition des grands emprunteurs. Elle a également participé à la préparation d’une taxonomie financière verte nationale et à la mise en œuvre de la stratégie de finance climat à l’horizon 2030.
Sur le front numérique, BAM a poursuivi le renforcement de son dispositif de supervision du cyber-risque et sa coordination avec la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), alors que la transformation digitale des banques élargit également la surface d’exposition aux cybermenaces.
Fintech, Open Banking et cryptoactifs : le cadre réglementaire se précise
La transformation du secteur financier constitue également l’un des axes majeurs du rapport. Bank Al-Maghrib accompagne le développement de l’écosystème fintech marocain, notamment à travers le démarrage effectif des activités de financement collaboratif.
En décembre 2025, la Banque centrale a par ailleurs publié un Guide du Parcours Fintech auprès de BAM, destiné à simplifier le traitement des demandes des acteurs de ce secteur. Elle a également contribué à la finalisation du projet de loi relatif aux cryptoactifs et lancé les travaux visant à encadrer l’Open Banking, avec l’assistance technique de la Banque mondiale et en concertation avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM).
L’enjeu est désormais de permettre l’émergence de nouveaux services financiers tout en assurant un cadre sécurisé pour le partage des données et la protection des utilisateurs.
Les réformes bancaires avancent sur le traitement des créances en souffrance
L’année 2025 a également été marquée par plusieurs avancées réglementaires. Le projet de réforme du régime de résolution bancaire, élaboré avec le ministère chargé des Finances, a été transmis au Parlement. Un projet de loi portant sur la transférabilité directe des créances en souffrance a également été finalisé et transmis au Secrétariat général du gouvernement.
En parallèle, le cadre prudentiel applicable aux créances en souffrance a été renforcé avec l’adoption d’une circulaire portant sur leur classification et leur couverture par les provisions.
Le rapport annuel de BAM relève par ailleurs que le taux global des créances en souffrance des banques a légèrement reculé à 8,3% en 2025, contre 8,4% un an auparavant. Pour les entreprises non financières, l’encours des créances en souffrance détenues par les banques et les sociétés de financement a toutefois augmenté de 5%, atteignant 73,7 milliards de dirhams, avec un taux de risque de 11,2%.
Le financement des TPE et l’inclusion financière restent prioritaires
L’accès au financement des petites entreprises et des auto-entrepreneurs demeure un autre chantier central. Bank Al-Maghrib et ses partenaires publics et privés ont adopté, le 4 décembre 2025, une Charte consacrée au financement et à l’accompagnement des très petites entreprises.
Cette orientation s’inscrit dans une politique plus large d’inclusion financière visant notamment à réduire les disparités sociales et territoriales et à faciliter l’accès aux services financiers. Le développement des nouveaux moyens de paiement et des comptes de paiement accompagne également cette évolution.
Sur le terrain de la conformité, BAM a poursuivi le renforcement du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, en coordination avec l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF). Ces efforts s’inscrivent notamment dans la préparation du troisième cycle d’évaluation du Maroc par le GAFIMOAN, prévu en novembre 2026.
La protection des clients au centre des préoccupations
La Banque centrale a enfin renforcé son dispositif de protection de la clientèle bancaire. Le suivi porte notamment sur le respect des règles relatives à la clôture des comptes et à la délivrance des mainlevées.
Pour mesurer concrètement la qualité de l’accueil en agence, BAM a mis en place des enquêtes de type « Mystery Shopping ». La Banque centrale poursuit également ses efforts en matière de transparence tarifaire et d’accessibilité physique et numérique des services bancaires pour les personnes en situation de handicap.
Avec une activité en hausse, des ratios prudentiels solides et une rentabilité en progression, le secteur bancaire marocain a donc traversé 2025 dans de bonnes conditions. Pour Bank Al-Maghrib, le prochain défi consiste désormais à préserver cette résilience tout en accompagnant les transformations du secteur : finance verte, cybersécurité, fintech, Open Banking, inclusion financière et nouveaux actifs numériques.

