L’édition 2025 du Baromètre des Flottes et de la Mobilité, portée par l’Arval Mobility Observatory en partenariat avec Ipsos, dévoile une vision limpide de l’évolution de la mobilité en entreprise au Maroc. Malgré un contexte international instable, les décideurs marocains affichent un optimisme assumé, mêlant prudence stratégique et engagement concret, notamment en matière de responsabilité sociétale.
Réunis à Casablanca le 19 juin dernier, clients, partenaires et représentants des médias ont pris connaissance d’une enquête réalisée dans 28 pays, auprès de plus de 8 000 décideurs, dont 256 au Maroc. Une photographie actuelle et fiable, qui met en évidence les nouvelles dynamiques du parc automobile professionnel.
Première constatation : les gestionnaires de flottes au Maroc restent résolument confiants dans l’évolution de leur parc. Ils sont 91 % à anticiper une stabilité ou une croissance dans les trois prochaines années, et plus de la moitié misent sur une expansion. Une tendance directement corrélée à l’essor économique des entreprises, confirmant une fois de plus le lien entre performance et logistique de mobilité.
Autre fait marquant : l’intégration croissante des véhicules d’occasion. Bien plus qu’une solution transitoire, c’est une réalité bien ancrée. Pas moins de 67 % des entreprises marocaines y ont recours, surtout pour les usages de service ou de pool. Cette orientation confirme une gestion rationnelle des ressources, à la croisée des logiques économiques et écologiques.
En revanche, la Location Longue Durée (LLD) peine encore à s’imposer comme un mode de financement majoritaire. Seules 16 % des entreprises l’adoptent aujourd’hui, bien que 44 % déclarent vouloir en faire un levier dans les années à venir. Ce chiffre souligne un potentiel encore sous-exploité, qui pourrait rebattre les cartes dans un marché en pleine transformation.
Concernant l’électrification, l’étude met en lumière une progression freinée par des limites structurelles. Si 54 % des entreprises affirment avoir déjà intégré ou souhaitent intégrer des véhicules électrifiés à leur flotte, seules 20 % les ont effectivement adoptés. Une stagnation préoccupante, d’autant que les intentions pour les trois prochaines années chutent de 15 points par rapport à 2024. Le manque d’infrastructures de recharge, cité par 62 % des répondants, constitue le principal frein à l’adoption. Pourtant, 84 % affirment avoir une stratégie de recharge ou vouloir en élaborer une, signe d’un changement de cap qui s’esquisse lentement.
La connectivité n’échappe pas non plus à ce décalage entre équipement et usage. Près de la moitié des entreprises marocaines disposent d’outils télématiques, mais seulement 10 % en exploitent les données. Une sous-utilisation qui interroge, bien que 60 % déclarent leur intention de recourir à ces données dans un futur proche, révélant un potentiel de modernisation encore largement ouvert.
La mobilité des collaborateurs prend, elle aussi, une place croissante dans la stratégie globale. 45 % des entreprises ont instauré ou envisagent d’instaurer un budget mobilité. Derrière cette dynamique, la responsabilité sociétale est mise en avant par plus d’un tiers des entreprises, suivie de près par des avantages fiscaux jugés incitatifs.
Quant à la décarbonation, elle reste pour l’instant davantage une intention qu’une réalité formalisée. Seules 11 % des entreprises ont défini des objectifs précis, tandis que 27 % sont en phase de réflexion. Les obstacles identifiés sont clairs : maîtrise du coût total de possession (TCO), adaptation aux politiques publiques restrictives et lente transition vers l’électrique.
Les entreprises marocaines amorcent leur transition vers une mobilité plus responsable de manière pragmatique. Si les ambitions affichées peinent encore à se concrétiser pleinement, les fondations sont bel et bien posées. Entre la valorisation de l’occasion, l’ouverture au financement alternatif, l’expérimentation connectée et les politiques internes de mobilité, c’est une mutation mesurée mais volontaire qui s’opère. L’édition 2025 du baromètre signe donc une avancée lucide et ancrée dans le réel, entre impératifs économiques et aspirations durables.

