Les autorités marocaines assurent que le barrage Oued El Makhazine fonctionne normalement, malgré un niveau de remplissage jamais atteint depuis sa mise en service. Réuni à Rabat, le directeur général de l’Hydraulique au ministère de l’Équipement et de l’Eau, Salaheddine Dahbi, a affirmé qu’aucun dysfonctionnement ni signe inhabituel n’a été constaté sur l’ouvrage ou ses équipements, alors même que le barrage dépasse sa capacité théorique depuis le 6 janvier 2026.
Selon les données communiquées, le niveau des réserves a franchi un seuil historique, avec une hauteur d’eau supérieure de quatre mètres au précédent record observé depuis 1972. Entre le 1er septembre 2025 et le 4 février 2026, les apports hydriques ont atteint près de 973 millions de mètres cubes, dont plus de 70 % concentrés sur les deux dernières semaines. Ce volume représente 184 % de la moyenne annuelle et a porté le stock à environ 988 millions de mètres cubes, soit un taux de remplissage de près de 147 %.
Face à cette situation exceptionnelle, des lâchers d’eau anticipés ont été opérés afin de préserver la sécurité de l’ouvrage et des zones en aval. Le volume total évacué dépasse ainsi 372 millions de mètres cubes. En parallèle, les services techniques ont renforcé les dispositifs de surveillance, avec des contrôles effectués deux fois par jour, contre une fréquence mensuelle habituelle, et l’intervention d’équipes spécialisées chargées d’analyses plus fines.
Les prévisions météorologiques annonçant de nouvelles précipitations ont conduit le ministère à affiner ses scénarios. Des simulations hydrologiques menées à l’échelle horaire estiment que les apports pourraient atteindre 620 millions de mètres cubes dans les prochains jours. Ces projections intègrent également des débits maximaux de remplissage et d’évacuation, ainsi qu’une cartographie précise des zones potentiellement inondables, afin d’anticiper les risques et de protéger les populations et leurs biens.
Cette vigilance accrue s’inscrit dans un contexte hydrologique inédit à l’échelle nationale. Après sept années consécutives de sécheresse, l’année hydrologique en cours, entamée en septembre 2025, affiche un cumul pluviométrique de 145,5 mm, en hausse de plus de 30 % par rapport à la moyenne. Les apports en eau cumulés atteignent ainsi 8,73 milliards de mètres cubes, portant le taux de remplissage global des barrages du Royaume à près de 62 %, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2019.
Les autorités soulignent que ces volumes, enregistrés pour l’essentiel en moins de deux mois, ont conduit plusieurs barrages à atteindre leur capacité maximale. Des lâchers maîtrisés ont donc été nécessaires, notamment pour maintenir des marges de stockage et garantir la sûreté des infrastructures. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau affirme poursuivre un suivi continu, 24 heures sur 24, en coordination avec les agences de bassins hydrauliques et les autorités locales, conformément aux orientations royales, afin d’assurer à la fois la régulation des ressources en eau et la protection contre les inondations.

