Les dernières pluies enregistrées dans le nord du pays ont profondément modifié la situation hydrique du bassin du Loukkos. Cinq grands barrages relevant de cette zone affichent désormais un taux de remplissage de 100 %, un niveau rarement atteint ces dernières années et porteur de perspectives plus rassurantes pour l’approvisionnement en eau de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Les barrages d’Oued El Makhazine, Charif Al Idrissi, Ibn Battouta, Chefchaouen et Nakhla sont aujourd’hui entièrement remplis, selon les données officielles publiées sur la plateforme « Maa dialna » du ministère de l’Équipement et de l’Eau. À l’échelle de l’ensemble des ouvrages placés sous la gestion de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, les réserves atteignent environ 1,23 milliard de mètres cubes, soit un taux de remplissage global de 64,2 %. Un niveau qui tranche avec les tensions hydriques observées ces dernières saisons et qui redonne de la marge aux gestionnaires du réseau.
Le barrage Oued El Makhazine, situé dans la province de Larache et considéré comme le plus important ouvrage de la région, concentre à lui seul près de 672,8 millions de mètres cubes. Ce volume confirme son rôle stratégique dans la sécurisation de l’eau destinée à l’irrigation, à l’alimentation en eau potable et à certains usages industriels. En revanche, la situation reste plus contrastée pour d’autres infrastructures, à l’image du barrage Dar Khrofa, dont les retenues s’élèvent à 127,4 millions de mètres cubes, correspondant à un taux de remplissage de seulement 26 %.
Dans le détail, plusieurs ouvrages affichent des niveaux hétérogènes. Le barrage 9 Avril, dans la préfecture de Tanger-Assilah, ne dépasse pas 24 %, avec 73,8 millions de mètres cubes stockés, tandis que le barrage Moulay El Hassan Ben El Mahdi, dans la province de Fahs-Anjra, atteint 53 %. Le barrage Tanger Méditerranée se situe à un niveau intermédiaire, avec un taux de remplissage de 70 % et des réserves évaluées à 15,5 millions de mètres cubes.
Du côté de la province de Tétouan, la dynamique est plus favorable. Le barrage Charif Al Idrissi est totalement plein, avec 121,65 millions de mètres cubes, tout comme les barrages de Chefchaouen et de Nakhla, qui affichent respectivement 12,24 millions et 4,21 millions de mètres cubes. Le barrage El Khroub atteint, pour sa part, 66 %, avec un volume de 124,5 millions de mètres cubes.
Plus à l’est, la situation demeure fragile. Dans la province d’Al Hoceima, les barrages Abdelkarim El Khattabi et Joumoua enregistrent des taux de remplissage limités, respectivement 19 % et 13 %, confirmant les disparités territoriales en matière de ressources hydriques malgré l’amélioration globale observée au niveau national.
À l’échelle du pays, les retenues des barrages ont dépassé 8,017 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage moyen de 47,8 %. Si ces chiffres traduisent un répit bienvenu après plusieurs années marquées par la sécheresse, ils rappellent aussi la nécessité de poursuivre les efforts de gestion rationnelle de l’eau, d’optimisation des infrastructures et d’adaptation aux aléas climatiques. Dans le bassin du Loukkos, la vigilance reste de mise pour transformer cette amélioration conjoncturelle en stabilité durable.

