La région de Béni Mellal-Khénifra s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la protection de son foncier agricole. Le ministère de l’Agriculture a lancé un appel d’offres pour l’élaboration d’une carte agricole régionale adossée à un Système d’information géographique (SIG), un outil stratégique destiné à mieux encadrer l’urbanisation et à préserver les terres à fort potentiel. L’ouverture des plis est prévue le 21 mai, pour un budget estimé à plus de 4 millions de dirhams.
Cette initiative intervient dans un contexte de pression croissante sur les terres agricoles, particulièrement dans une région considérée comme l’un des principaux bassins de production du pays. L’extension urbaine, souvent rapide et peu maîtrisée, grignote progressivement les surfaces cultivables, au risque de fragiliser l’équilibre économique local et la sécurité alimentaire. Face à cette dynamique, les autorités entendent se doter d’un outil capable d’anticiper, d’orienter et de réguler les choix d’aménagement.
Au cœur du projet figure la mise en place d’une base de données exhaustive, intégrée dans un SIG centralisé. Cette plateforme permettra de croiser et d’actualiser en continu des informations variées liées aux ressources en eau, à l’occupation des sols, aux périmètres irrigués, aux projets agricoles ou encore aux dynamiques d’investissement. L’objectif est de disposer d’une lecture fine et évolutive du territoire, accessible aussi bien aux services centraux qu’aux acteurs locaux, afin de faciliter les prises de décision et d’assurer un suivi précis de l’état des terres agricoles.
La future carte reposera sur une classification claire du foncier en trois catégories. Les terres à haut potentiel seront identifiées comme zones à protéger en priorité, constituant le socle de la production agricole régionale. Les terres à potentiel intermédiaire seront classées en zones de sauvegarde, où l’activité agricole devra être maintenue et consolidée. Enfin, les terres à faible potentiel pourront être orientées vers l’urbanisation ou d’autres usages, dans une logique d’optimisation de l’espace et de réduction des conflits d’usage.
Au-delà de la cartographie, l’enjeu est aussi d’aligner cet outil avec les documents d’urbanisme existants, notamment les Schémas directeurs d’aménagement urbain (SDAU), les plans d’aménagement et les Plans de développement agricole régional (PDAR). Ce croisement des données doit permettre d’anticiper les zones de tension entre urbanisation et agriculture, et d’éclairer les arbitrages publics à venir.
La réalisation de cette carte agricole s’appuiera sur une démarche progressive en quatre phases. Une première étape sera consacrée à l’analyse de l’existant et à l’identification des besoins, suivie d’un cadrage méthodologique définissant les outils et les modalités de production des données. La troisième phase portera sur l’élaboration effective de la carte et le développement du SIG, incluant des investigations de terrain dans les zones insuffisamment documentées. Enfin, un accompagnement des parties prenantes est prévu afin d’assurer la prise en main de l’outil et son intégration dans les pratiques administratives.
Les autorités locales, les agences urbaines et plusieurs départements ministériels seront associés tout au long du processus, dans une approche participative visant à garantir l’efficacité et l’appropriation de cet instrument. À terme, cette carte agricole régionale devrait s’imposer comme un référentiel structurant pour la planification territoriale, contribuant à sécuriser le foncier agricole et à orienter les investissements dans une région où l’équilibre entre développement urbain et préservation des ressources devient un enjeu central.


