Le laboratoire allemand BioNTech amorce un virage stratégique majeur. Confronté à une chute durable de la demande en vaccins contre le Covid-19, le groupe a décidé de fermer plusieurs sites de production en Allemagne et à Singapour d’ici 2027, une réorganisation qui pourrait affecter jusqu’à 1.860 emplois. En parallèle, l’entreprise entend se recentrer sur le développement de traitements en oncologie, un domaine jugé plus porteur à moyen et long terme.
Dans le détail, les unités de production d’Idar-Oberstein, de Marbourg, ainsi que le site de Singapour, seront progressivement arrêtées. S’ajoute à cette liste une installation située à Tübingen, héritée du rachat de son ancien concurrent CureVac. La fermeture des sites allemands est attendue d’ici fin 2026, tandis que celle de Singapour interviendrait au premier trimestre 2027. Cette restructuration représente près d’un quart des effectifs du groupe basé à Mayence.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de ralentissement brutal de l’activité liée au Covid-19. Après avoir été au cœur de la réponse mondiale à la pandémie grâce à son vaccin à ARN messager développé avec Pfizer, BioNTech voit aujourd’hui ses revenus reculer fortement. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires lié aux vaccins a chuté de 35 % sur un an, tombant à environ 118 millions d’euros. Dans le même temps, la perte nette s’est creusée pour dépasser les 530 millions d’euros, sous l’effet notamment des investissements massifs en recherche.
Face à cette nouvelle réalité, le groupe a choisi de mettre un terme à la production de vaccins Covid sur son propre sol, laissant désormais son partenaire américain assurer cette activité. « Les dernières doses seront produites cette année en Allemagne », a confirmé une porte-parole de l’entreprise. Cette réorientation industrielle vise à rationaliser les capacités de production, jugées excédentaires, tout en dégageant des économies estimées à 500 millions d’euros par an à partir de 2029.
Le recentrage sur l’oncologie constitue désormais la priorité affichée. BioNTech mise sur un portefeuille de traitements en développement, notamment des thérapies innovantes basées sur l’ARN messager et des anticorps en phase d’essais cliniques avancés. L’objectif est clair : transformer l’expertise acquise pendant la pandémie en avancées concrètes dans la lutte contre le cancer.
Cette stratégie ne fait pas l’unanimité. Le syndicat allemand IGBCE dénonce une logique purement financière et alerte sur les conséquences pour l’écosystème pharmaceutique du pays. Il rappelle également que l’entreprise avait bénéficié d’importants financements publics lors de la crise sanitaire, ce qui renforce, selon lui, la responsabilité sociale du groupe.
La transition intervient également dans un moment de changement à la tête de l’entreprise. Les cofondateurs, Ugur Sahin et Özlem Türeci, ont annoncé leur retrait pour lancer une nouvelle structure dédiée aux innovations en ARN messager, tout en conservant des liens avec BioNTech.
Après avoir incarné l’un des symboles de la lutte mondiale contre le Covid-19, BioNTech entame une nouvelle phase de son histoire. Entre réduction de voilure industrielle et ambitions scientifiques renouvelées, le groupe joue désormais sa crédibilité sur sa capacité à s’imposer dans la course aux traitements contre le cancer.


