Depuis son pic historique à 122 000 dollars en octobre 2025, le Bitcoin a chuté de plus de 50 %, passant récemment autour de 70 000 dollars. Cette baisse spectaculaire alimente à nouveau le débat sur l’avenir de la crypto-monnaie. Pourtant, pour les investisseurs aguerris, ce type de cycle n’est pas inédit. Les marchés connaissent des phases de baisse prolongées, parfois sur plusieurs mois, voire des années, avant de retrouver une dynamique haussière.
Les prévisions pessimistes ne manquent pas. Selon Ulrich Bindseil et Jürgen Schaaf, auteurs pour le blog de la Banque centrale européenne, le prix du Bitcoin ne reflète pas sa viabilité économique. Ils soulignent l’absence de fondamentaux, de valeur « juste » et de preuve de prix dans ce que certains qualifient de bulle spéculative. Selon eux, la capitalisation de marché mesure plutôt le risque social associé à l’effondrement éventuel de cette bulle, entre pertes financières pour les moins avertis, cybercrimes, blanchiment d’argent et impact environnemental.
Pourtant, cette analyse omet un élément central : l’effet de réseau. Plus le nombre de participants augmente, plus la valeur et l’utilité du réseau Bitcoin se renforcent. Avec plus de 106 millions d’utilisateurs, soit 1,3 % de la population mondiale, le réseau continue de croître, ralentissant durant les marchés baissiers avant de reprendre lors des reprises de prix. Les perspectives restent donc significatives pour l’expansion future.
Le contexte actuel diffère toutefois des cycles passés. Le marché a été soutenu au début de 2025 par des flux institutionnels vers les ETF Bitcoin et les trésoreries d’entreprise, masquant la faiblesse du retail. Mais à partir de mi-2025, les pressions macroéconomiques, la politique monétaire restrictive et les tensions géopolitiques ont intensifié la vente massive. Ethereum a perdu 50 % de sa valeur, et certaines altcoins, comme Solana, ont chuté de 60 % à 75 %. Selon Bloomberg, cette période constitue « le pire hiver crypto jamais enregistré ».
Pour certains experts, les signes d’un retournement commencent à apparaître. Blake Player, directeur commercial de VALR, estime que Bitcoin pourrait être survendu : « Le marché a été plus volatil que lors des cycles précédents, mais nous observons désormais des indicateurs techniques suggérant que cette phase baissière touche à sa fin. » Le Fear and Greed Index se situe actuellement en « Extreme Fear », niveau historique propice à l’achat selon plusieurs analystes, dont James Butterfill de CoinShares.
Le soutien institutionnel reste solide. Les ETF Bitcoin continuent de résister aux sorties de capitaux, et certaines sociétés accumulent des positions malgré la baisse. La demande sur les plateformes de prêt comme AAVE et Nexo repart, témoignant d’une reprise de l’activité. La perspective d’une clarification réglementaire avec la possible adoption du CLARITY Act pourrait également stimuler le marché, en offrant un cadre légal clair pour les stablecoins et actifs numériques.
Malgré ces signes positifs, la prudence reste de mise. Certains analystes anticipent encore une baisse vers 38 000 dollars si les pressions inflationnistes persistent ou si une correction plus large touche le secteur technologique. Le marché pourrait donc connaître une phase de consolidation prolongée, avec une progression limitée jusqu’au second semestre 2026, soit environ 18 mois avant le prochain halving, événement qui réduit de moitié l’émission de nouveaux Bitcoins et qui, historiquement, a coïncidé avec le démarrage de cycles haussiers.
Le Bitcoin traverse une période de marché baissier tardive mais structurée. La volatilité, désormais plus maîtrisée qu’auparavant, laisse entrevoir une reprise graduelle plutôt qu’une flambée instantanée. Les investisseurs doivent donc naviguer avec prudence, en gardant à l’esprit les cycles historiques et les signaux émergents d’une stabilisation potentielle.

