Danseuse, chanteuse, actrice et comédienne, Biyouna laisse derrière elle un héritage artistique immense. L’interprète, adulée des deux côtés de la Méditerranée, est décédée mardi à Alger, suscitant une vague d’émotion dans son pays.
L’Algérie perd l’une de ses voix les plus familières. Baya Bouzar, connue de tous sous le nom de Biyouna, s’est éteinte à l’âge de 73 ans, mardi à Alger. L’annonce a provoqué un élan de tristesse dans le pays, où la comédienne occupait depuis des décennies une place unique, oscillant entre légende populaire et icône culturelle.
Artiste complète, Biyouna avait exploré tous les registres : ballet national, troupe musicale féminine, sitcoms suivis par des millions de téléspectateurs, comédies mordantes, rôles dramatiques, performances théâtrales qui ont marqué les scènes du Maghreb comme de l’Europe. Elle passait d’un univers à l’autre avec une aisance déconcertante, portée par un charisme brut, un humour qui claquait comme une gifle et une présence scénique immédiatement reconnaissable.
Née en 1952 à Belouizdad, quartier dense et populaire d’Alger, elle s’impose très jeune dans le feuilleton algérien, où un rôle de voisine espiègle la propulse devant le grand public. Ce personnage, devenu culte, restera l’un des symboles de son talent : une manière de tout jouer sans se trahir, en restant toujours proche de ceux qui la regardaient. Sa carrière se construit ensuite entre les rythmes des orchestres, la comédie télévisuelle et les premiers pas au cinéma.
Sa trajectoire se déploie à l’international à partir de la fin des années 1990. Le réalisateur Nadir Moknèche l’invite à explorer des rôles plus complexes, plus sombres parfois, comme cette ancienne danseuse au destin cabossé dans Viva Laldjérie ou cette magouilleuse irrésistible dans Délice Paloma. Biyouna y révèle une profondeur nouvelle, loin de l’image de comique pure à laquelle certains tentaient de la réduire.
Elle poursuivra ensuite son chemin entre cinéma européen, théâtre; notamment dans des tragédies revisitées et musique, avec un album qui dévoile une voix rauque et singulière. Au fil des années, elle refuse les compromis, décline l’exil malgré les années de violence islamiste, et choisit de rester auprès de son public, convaincue qu’un artiste « n’abandonne jamais les siens ».
Sa dernière apparition à l’écran remonte à 2018 dans le film Le Flic de Belleville, où elle incarnait la mère du personnage d’Omar Sy. Elle avait réapparu brièvement en 2023 dans une série télévisée, et une vidéo diffusée en 2025 avait touché ses admirateurs, qui y percevaient la fragilité de ces dernières années.
La disparition de Biyouna marque la fin d’une époque. Celle d’une génération qui avait fait de l’art un acte de résistance, de satire et de liberté. Elle laisse le souvenir d’une femme qui refusait de se plier, qui riait plus fort que les tempêtes, et qui a influencé plusieurs générations d’artistes algériens.
Le public, lui, retiendra surtout sa sincérité. Et cette manière de dire tout haut ce que d’autres n’osaient même pas penser.

