Depuis plusieurs jours, un appel au boycott de ChatGPT circule sur les réseaux sociaux et dans certains médias internationaux. Baptisé « QuitGPT », ce mouvement invite les internautes à supprimer l’application ou à résilier leur abonnement pour protester contre les liens supposés entre l’entreprise OpenAI et certaines initiatives politiques et militaires aux États-Unis. Cette campagne, encore marginale à l’échelle mondiale, suscite néanmoins un débat plus large sur la place de l’intelligence artificielle dans les enjeux géopolitiques et sur les responsabilités éthiques des entreprises technologiques.
Selon plusieurs publications en ligne, le mouvement aurait gagné du terrain après l’annonce d’un partenariat entre OpenAI et le United States Department of Defense. L’entreprise dirigée par Sam Altman aurait accepté de fournir certaines capacités technologiques à l’armée américaine dans un cadre présenté comme légal et opérationnel. Pour les initiateurs du boycott, cette collaboration ouvre la porte à des usages controversés de l’intelligence artificielle, notamment dans les domaines de la surveillance ou des systèmes militaires autonomes.
Les appels à quitter ChatGPT ont rapidement trouvé un écho auprès d’une partie du public militant. Des personnalités du monde culturel, dont Mark Ruffalo ou Katy Perry, ont publiquement relayé la campagne. Les organisateurs affirment que plus d’un million de personnes auraient déjà répondu à cet appel, encourageant les utilisateurs à migrer vers d’autres assistants conversationnels.
Parmi les alternatives mentionnées figure notamment Claude, développé par l’entreprise américaine Anthropic. Les promoteurs du boycott mettent en avant la position plus restrictive affichée par cette société concernant les usages militaires de l’intelligence artificielle. Selon leurs déclarations publiques, Anthropic aurait refusé certaines conditions demandées par les autorités américaines, notamment concernant la surveillance de masse ou l’utilisation de technologies autonomes létales.
Cette différence d’approche alimente une rivalité croissante entre les entreprises du secteur. Sur les plateformes de téléchargement, Claude aurait enregistré une hausse marquée de sa popularité, certains observateurs évoquant même un passage en tête du classement de l’App Store dans certaines catégories. Toutefois, ces variations restent difficiles à interpréter : l’écosystème de l’intelligence artificielle évolue rapidement et les classements d’applications peuvent fluctuer en fonction de nombreux facteurs.
Les initiateurs de QuitGPT avancent également des critiques politiques. Ils accusent certains dirigeants d’OpenAI d’avoir soutenu financièrement des organisations politiques proches de Donald Trump. Ces accusations nourrissent leur argument selon lequel les technologies d’IA pourraient être utilisées pour renforcer des structures de pouvoir qu’ils jugent autoritaires. Aucune preuve ne montre cependant que les utilisateurs de ChatGPT participent directement à de telles stratégies politiques.
Au-delà de ces controverses, la campagne met surtout en lumière un débat plus large sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Les technologies conversationnelles sont désormais intégrées dans des secteurs variés : éducation, recherche, administration, entreprises ou services numériques. Leur développement rapide pose des questions inédites concernant la régulation, la transparence des algorithmes et les limites éthiques de leur utilisation.
Plusieurs spécialistes rappellent également que la concurrence entre entreprises d’IA ne se résume pas à une opposition morale entre acteurs. Les sociétés technologiques collaborent fréquemment avec des gouvernements pour des projets civils, scientifiques ou sécuritaires. Dans ce contexte, la frontière entre innovation technologique et enjeux stratégiques devient de plus en plus floue.
Pour les promoteurs de QuitGPT, l’objectif reste simple : envoyer un signal économique aux entreprises du secteur. Leur stratégie s’inspire d’anciens boycotts de consommateurs, fondés sur l’idée que des millions de décisions individuelles peuvent peser sur la stratégie d’une entreprise. Reste à savoir si cette mobilisation parviendra réellement à influencer le marché de l’intelligence artificielle.
Pour l’instant, ChatGPT demeure l’un des assistants conversationnels les plus utilisés au monde. Mais la polémique souligne une réalité nouvelle : l’intelligence artificielle n’est plus seulement une innovation technologique. Elle devient aussi un terrain de confrontation politique, économique et éthique, où les décisions des entreprises peuvent susciter autant de débats que leurs performances technologiques.


