Il y a des tournois qui révèlent un joueur. Et puis il y a ceux qui actent une mue. La CAN 2025 est en train de basculer dans cette seconde catégorie pour Brahim Diaz. Parce qu’à cinq buts en cinq matchs, il ne s’agit plus d’un feu de paille, mais bien d’une prise de pouvoir. Technique, mentale, et surtout footballistique.
Face au Cameroun, en quart de finale, Brahim a encore frappé. Comme souvent dans ce tournoi : au bon moment. 27e minute, corner, chaos dans la surface, El Kaabi prolonge de la tête, Diaz surgit, accompagne le ballon de la « cuisse », et libère un stade entier, encore une fois. Un but qui ressemble à sa CAN : celle d’un joueur en mission.
Le Maroc a maîtrisé son quart. On a enfin vu le visage qu’on espérait. Sérieux, compact, agressif. Mais le premier déverrouillage a encore une fois porté ce nom latin. Depuis le début de la compétition, Brahim Diaz est ce fil conducteur qui relie les temps faibles aux moments de bascule. Quand le jeu se fige, quand la possession devient stérile, ou tout simplement quand l’on a besoin de lui, Brahim existe. Par une feinte. Une accélération. Une inspiration… ou des filets qui tremblent. Il ne se cache pas.
Ce n’est pas un hasard s’il en est déjà à cinq réalisations. Et ce n’est surtout pas un hasard si chacune d’elles raconte la même chose : l’impact. Diaz ne marque pas pour soigner une ligne de stats, il marque pour faire avancer une équipe. Et dans une CAN à domicile, où chaque détail pèse double, c’est une denrée rare.
On parle souvent de ses pieds. Moins de ses jambes. Et encore moins de son moteur. Pourtant, dans cette CAN, Brahim Diaz n’est pas seulement le joueur le plus inspiré du Maroc, il en est aussi l’un des plus impliqués. Pressing constant, replis défensifs, courses utiles par l’exemple qu’elles donnent. Un leader technique, oui. Mais aussi un leader par l’effort. Brahim a, semble-t-il, parfaitement capté la hauteur de l’événement pour le Maroc. Le talent n’exonère rien. Il oblige, au contraire. Et lui a répondu présent. À chaque match.
Cette CAN ressemble à une mise en scène grandeur nature. Celle où l’on assiste à un joueur qui a saisi l’occasion de montrer, enfin, le joueur de classe mondiale qu’il est. Pas celui qu’on évoque par intermittence. Pas celui qu’on sort du banc pour changer le rythme. Mais celui autour duquel on construit. La question devient alors inévitable : que fera le Real Madrid de ce Brahim-là ? Un statut réévalué ? Titulaire ? Rotation, encore ? Ou choisira-t-il de transformer cette CAN en point de départ, ailleurs, là où son talent ne demanderait plus à être justifié ? Ce ne serait pas dénué de sens.
Mais peu importe pour l’instant, et restons-y d’ailleurs. Dans celui-ci. Dans cette CAN où tout peut se jouer sur un éclair, le Maroc a, semble-t-il, trouvé son nouveau facteur X. Et lui, visiblement, vêtu de rouge ou de blanc, semble également avoir trouvé son terrain d’expression.
Reste à le sublimer face au Nigéria, c’est tout ce que l’on souhaite.

