Battu par le Sénégal (0-1) en finale de la CAN 2025, le Maroc a touché au rêve de titre à trois minutes du terme, si ce n’est une Panenka tenté par Brahim Diaz.
À briller, on finit toujours par attirer des mercenaires. Peu importe le type. Peu importe l’époque. La nôtre attire ceux du buzz, de l’image, du geste qui circule, plus qu’il ne fait gagner. On ne tente pas une Panenka en finale d’une Coupe continentale ou mondiale.
On ne tente pas une Panenka à la dernière minute, même chez les U16. Et on ne tente surtout pas une Panenka quand une nation entière attend depuis cinquante ans.
Un seul l’a fait en jeu, et en finale de Coupe du Monde : Zidane, en 2006. Réussie.
Les autres, Alexis Sánchez et Antonín Panenka lui-même, l’ont tentée lors de séances de tirs au but. Réussie aussi. Cette Panenka de Brahim raconte quelque chose de précis : la volonté d’appartenir à cette caste. Mais on ne rejoint pas un cercle en le mimant. On y entre quand le ballon est dedans. Le premier avait déjà offert à la France une Coupe du Monde avant de tenter le geste. Le deuxième l’a inventé. Le troisième est un cas à part. Brahim, lui, a juste parié les espoirs de toute une nation sur un 50/50.
On ne parie pas ça. Pas sur un quitte ou double. Pas sur un 50/50. Pas pour des générations entières élevées sans ce moment… Des finales ratées, des espoirs brisés, une nation qui n’en peut plus d’attendre. Ce n’était pas qu’un risque personnel, c’était un poids collectif, même celui de toute une nation. Peut-être que ce poids n’a pas été compris par le principal intéressé.
Certains, eux, savaient. Dans leurs regards. Dans leurs larmes. Peut-être même dans l’envie d’aller tirer ce penalty… ou de regretter le moment d’après de ne pas l’avoir fait. Parce que ce match n’était pas à jouer. Il était à gagner.
Une Panenka n’est jamais neutre, c’est un geste chargé de sens, un geste qui regarde la caméra autant que le gardien. C’est un outil de mise en scène, un geste pensé pour l’instant d’après. Risqué, et à ne surtout pas tenter à la toute dernière minute d’une finale. Même les U16 le savent.
À briller, on finit toujours par attirer des mercenaires. Peu importe le contexte, peu importe l’époque. La nôtre aime les gestes qui (se la) racontent plus qu’ils ne concluent. Ce soir, le Maroc n’avait pas besoin d’un récit, ni d’un héros précis. Il avait besoin d’un titre.
Oui, cette CAN a peut-être acté une mue chez Díaz. Mais peut-être plus dans le bon sens.
N’est pas Zidane qui veut.

