Une enquête inédite lève le voile sur une réalité ignorée dans bon nombre de structures professionnelles au Maroc : le burn-out touche massivement les cadres, managers et entrepreneurs. Derrière la façade d’une économie en transformation, des hommes et des femmes s’épuisent dans l’indifférence, faute de dispositifs adaptés.
Conduite par Dina Lahlou, coach exécutive spécialisée en santé mentale au travail, cette étude qualitative, réalisée avec le cabinet W-Adviser, interroge plus de 160 profils de dirigeants issus de divers secteurs d’activité. Les résultats parlent d’eux-mêmes : 82 % des répondants ont été confrontés, directement ou par le biais d’un proche, au burn-out ; 62 % l’ont personnellement vécu. Plus inquiétant encore : 71 % n’ont bénéficié d’aucun soutien structuré pour les aider à prévenir ou traverser cette crise.
Ces chiffres, glaçants, révèlent une faille dans les fondations mêmes de notre rapport au travail. Car loin d’être un problème individuel, le burn-out traduit un déséquilibre systémique : surcharge mentale, absence de régulation émotionnelle, pression continue, solitude décisionnelle. Autant de facteurs encore trop souvent minimisés.
Une alerte sur fond de silence
Les symptômes du burn-out sont connus mais peu pris au sérieux : fatigue persistante, troubles du sommeil, douleurs somatiques inexpliquées, irritabilité, angoisse. Et pourtant, ces signaux sont perçus comme des faiblesses individuelles plutôt que comme des indicateurs d’un système à bout de souffle. « Le burn-out n’est pas une fragilité personnelle. C’est une alarme du corps et du système », insiste Dina Lahlou, appelant à « repenser nos environnements de travail avec humanité et pragmatisme ».
L’enjeu dépasse la seule sphère individuelle. Il s’inscrit désormais au cœur des débats sur la performance durable et les engagements ESG/RSE. Dans une économie qui valorise la rentabilité et l’innovation, le facteur humain reste le moteur principal. Le négliger revient à fragiliser l’ensemble de la structure.
Un combat national et collectif
Cette enquête se veut également un point de départ. À travers elle, Dina Lahlou initie une campagne nationale de sensibilisation sur la santé mentale au travail, plaidant pour une mobilisation concertée des entreprises, des institutions, des médias et de la société civile. L’objectif : replacer l’humain au cœur des stratégies RH, managériales et sociétales.
Le sujet entre en résonance avec la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui appelle à un modèle de développement inclusif et équitable. Or, aucun développement n’est pérenne si le capital humain est négligé. Ceux qui bâtissent, qui innovent, qui dirigent, portent en eux les ambitions du pays. Préserver leur équilibre émotionnel, c’est assurer la continuité de cette dynamique collective.
Un angle mort à combler
En France, les troubles psychiques — dont le burn-out — sont devenus la première cause des arrêts maladie longue durée. Ils représentaient 24,5 % des cas en 2023. Le Maroc ne dispose pas encore de données officielles équivalentes. Mais l’absence de chiffres ne saurait être interprétée comme l’absence du phénomène. Le silence ne protège pas, il retarde les solutions.
Dans une économie où les mots-clés « résilience » et « innovation » deviennent omniprésents, il est temps d’y associer d’autres notions essentielles : bienveillance, équilibre, prévention. À défaut, le système productif continuera d’avancer sur une base fissurée.

